Page 2: Arrivée des troupes françaises dans l'Entité

"Dulce et decorum est pro patria mori"

Il est doux et beau de mourir pour la patrie

Horace (-65 -8 av JC)

Les soldats français et allemands partent en guerre en camouflant leurs craintes dans une certaine allégresse   Les uns comme les autres décorent les wagons de fleurs. Les Français s'imaginent déja à Berlin et les Allemands à Paris

 

A la veille des premières batailles, les soldats n'ont aucune idée des ravages que peuvent faire la guerre moderne. Il en est de même pour les officiers. De nombreux chefs de compagnies ou officiers supérieurs tomberons lors des premiers jours de combats.

Les charges de cavaleries dans l'imagination française et celles dans l'imaginaire allemands

 

Le mardi 11 août, les premières troupes françaises font leur apparition dans l'entité. 


 

Au château de Beauchène, sur les hauteurs, au sud-est d’Ermeton l'auteur d'un récit a une vue imprenable. Il écrit:  

« Mardi 11 août : les première troupes françaises font leur apparition dans nos environs. »

C’est néanmoins les 13 et 14 août, que le gros des troupes françaises du 1er corps d’armée passe au sud de l’entité par la route de Philippeville en direction de Namur et Dinant. Parmi ces hommes, le colonel Philippe Pétain et un jeune lieutenant, Charles de Gaulle.

Charles de Gaulle lieutenant au

33e RI en 1914.

Philippe Pétain Commandant la

4e Brigade du 1er corps

L'arrivée, sous les hourras, des premiers soldats français en véhicules automobiles.

Passage du corps de cavalerie Sordet 


2 jours après l’invasion de la Belgique par l’Allemagne, la cavalerie du corps Général Sordet partant de Sedan, entre en Belgique par le sud vers la Semois. Ces régiments de cavaliers légers, de dragons et de cuirassiers traversent les campagnes en grande tenue, les cuirasses au vent afin de rassurer la population belge angoissée*. 
Le général Sordet avait fait réquisitionner des véhicules automobiles de tourisme et les avait fait armer de mitrailleuses ; Ces véhicules ainsi équipés lui rendront de grands services lors de sa traversée en Belgique.

Grâce à des véhicules réquisitionnés, entre autres, 40 autobus de Paris, le 45e RI soutient de manière intermittente le Corps de cavalerie. Des groupes cyclistes de chasseurs à pied accompagnent aussi ces unités.
Son première objectif est de se diriger à Liège et créer la surprise en arrivant soutenir les belges et surprendre les allemands sur leur flanc. Cependant la mission est annulée à quelques kilomètres de Lièges et l’énorme cavalerie revient en marche arrière.  Après des reconnaissances pendant 10 jours dans les régions de Han-sur-Lesse, Rochefort, Ciney, Beauraing, le corps de cavalerie remonte vers le nord-ouest avec pour objectif de chasser la cavalerie allemande qui sillonne la région et retarder l’avance de l’ennemi qui fonce entre Givet et Bruxelles. Passant par Hastière, Anthée, le Corps Sordet arrive dans la région de et Saint-Gérard, Mettet, Florennes le 15 août.
Cette armée de 12.000 hommes sera très éprouvée dans ces grands mouvements au travers du territoire belge sous une chaleur torride et par plusieurs embuscades et escarmouches avec l’ennemi. Les chevaux sont très fatigués par certains trajets de 80 à 100 km par jour.

*L’opération était également politique : La France venant secourir le peuple belge agressé. Le Général Mangin recommande ainsi aux troupes du 45e RI pour leur traversée en Belgique, de garder leur sang-froid afin de ne pas faire de victime civile, de ne réaliser aucune réquisition et de toujours payer les achats de main à la main.

 

Août 1914. Dragon descendant Fosses-la-Ville.

Source G.Gay

Août 1914. Escadron de cavalerie légère en Entre-Sambre-et-Meuse 

Source G.Gay

 

Convoi de dragon à Florennes

Dragons du corps Sordet en Belgique. Aout 1914, maréchaux ferrants.

Remarquez le fer à cheval sur la manche

Récit de Fleury-Lamure, correspondant de guerre français du Times en Belgique :

Le16 août, le journaliste arrive à Mettet. S’il est accueilli dans un château par des officiers d’état-major avec une réserve courtoise, il est cependant mis sous surveillance par la gendarmerie. Le lendemain matin, il écrit :

Fleury-Lamure correspondant du Times en Belgique 

« Je me levais tard, les dernières troupes françaises quittaient le village. Comme je l’avais promis je ne m’enquis pas de leur direction.

Pendant que nous dormions, une patrouille de quatorze uhlans s’étaient aventurés jusqu’à l’entrée du village. Ils furent tous faits prisonniers. Je pus les voir passer au moment où on les emmenait à la gare : on les enferma dans un fourgon ; le train les emmena rapidement sur l’arrière des lignes. Un avion blindé français vint atterrir dans un champ près de la gare. Il fit quelques avaries. Très vite, il fut démonté et emmené sur un chariot spécial traîné par une auto où prit place l’officier. 
Les femmes du village avaient garni l’auto de fleurs, elle partit dans une ovation. 
J’entrai dans l’église ; des femmes priaient et pleuraient. Un service funèbre venait d’y être célébré en l’honneur des héros belges morts pour la patrie à Liège. Un homme de belle stature entra. Il avait des éperons mais un grand caoutchouc  noir le couvrait entièrement. Il alla s’agenouiller près d’un pilier et plongea son visage dans ses mains gantées de noir. Je vis briller sur le petit calot qu’il tenait à la main les cinq galons d’un officier supérieur : ces Français venaient prier avant d’aller se battre…
Dehors, des autos passaient emmenant des officiers ; des grandes autos de livraison, où l’on pouvait lire les firmes des premières maisons de commerce de Paris, emportaient des soldats. Des autobus, en file indienne, roulaient, transportant, derrière des moustiquaires métalliques qui ont remplacés les vitres, d’énormes quartiers de viande en guise de voyageurs. Madeleine-Bastille entre Charleroi et Namur. Qui aurait rêvé de cela il y a seulement deux mois !»

Concernant l’avion observé à cette date, un détachement de 3 REP type K est envoyé à Namur sous les ordres du capitaine Capitel. Un appareil se brise à l’atterrissage à Mettet. Il s’agit peut-être de l’avion aperçu par le journaliste du Times. 

Autobus réquisitionnés pour le corps de cavalerie Sordet afin d'acheminer le transport de soldats d'infanterie

Autobus réquisitionnés pour le RVF: le ravitaillement en viande fraîche 

Les branches sur le toit servant à atténuer le rayonnement du soleil. 

 

Le curé Marion de Saint-Gérard décrit les différentes régiments de cavalerie :

« Il est arrivé à St Gérard plusieurs détachement de cavalerie française : Des dragons, des chasseurs d’Afrique et je pense aussi des hussards se dirigeant vers la Sambre. 

Le curé de Maison St Gérard est impressionné par le passage d’une pareille armée:

« Dimanche 16 août, 500 dragons sont arrivés vers midi, ont logé puis sont parti du côté de Gembloux. Jeudi vendredi samedi matin, il est passé de 3000 à 4000 soldats sur la route de St Gérard à Fosses, mais sans s’arrêter ; ils allaient au combat ». 

 

Souvenir de Léon Remy d’Oret lors du passage du corps de cavalerie Sordet, fils de l’instituteur Hilaire Remy :

« De mes yeux d’enfant, je revois très bien les cuirassiers qui traversèrent le village d’Oret, rutilants sous le soleil du mois d’août avec leurs casques et leurs cuirasses. Ces cavaliers se dirigeaient vers Farciennes et criaient à tue-tête « vive la Belgique », un officier qui avait logé chez nous dit à mon père « ils ne savent pas vers quoi ils vont, ils seront tous sacrifiés »  et ce fut la vérité ! Je me revois aussi jouer avec un soldat qui m’expliqua qu’il avait un fils de mon âge, cet homme avait laissé son adresse, mais  nous apprîmes qu’il fut tué aussi dans les combats. 

Cuirassiers Français​

Léon Remy d'Oret, à droite

Récit d’un soldat du 29e Dragon lors du passage du corps de cavalerie Sordet à Maison St-Gérard :

« Le 06 août le régiment quitte Reims et passe le frontière belge à Muno :
Après 17H00 de cheval avec casque et lance, carabine, sabre et paquetage complet, tantôt à travers la nuit, que rend plus désagréable, un brouillard glacé, tantôt sous un soleil équatorial qui nous grille, dans un tourbillon perpétuel de poussière, harcelé par une nuées de mouches et de taons qui s’abattent sur nous et suppliciés par la vue des cerisiers croulants de fruits qui bordent le chemin, nous approchons de la frontière….Nous progressons parmi les convois interminables, car toutes les voitures sont réquisitionnées : nous devons à chaque instant nous garer pour laisser passer des files d’autobus parisiens remplis de chasseurs et de fantassins et nous marchons entouré de la poussière fine que l’on respire avec l’air….Les avions nous suivent et nous précèdent, volant à tire d’aile vers l’Est…..
Le 15 août, bivouac à côté du village d’Anthée. On entend le canon de Dinant à 8 kilomètres. Les différents convois défilent, 16e, 22e, 9e, 28e, 32e dragons. Tout à coup nous restons frappés de stupeur en apercevant un bataillon du 33e de ligne ou plutôt ce qu’il  reste du bataillon ; ils viennent de Dinant où les Français se sont battus comme des lions.
On part cantonner pour Florennes.
Le lendemain 16, à Maison-Saint-Gérard. La pluie et les orages rendent la marche difficile. Les chevaux et les hommes se fatiguent beaucoup.
Le 19 août, le 4e escadron est de reconnaissance, il arrive au soir à Gembloux où l’accueil de la population civile est triomphal. C’est la dernière étape, la pointe extrême du raid» 

 

Le 15 août, les états-majors du corps Sordet sont installés comme suit :
L’E-M du Général Sordet est à Florennes, L’E-M de la 1ere division est à Mettet, celui de la 3e division à Laneffe. L’E-M de la 5e Division est à Florennes, sa 3e brigade est à Biesmerée, l’escadron d’artillerie divisionnaire est à Stave et l’E-M de la 5e brigade se trouve à Oret : le colonel Hennocque, du 5e chasseurs, passe la nuit au couvent des sœurs françaises.

Le lendemain, le corps de cavalerie Sordet se rassemble à hauteur du quatre bras de Stave et remonte légèrement au Nord sur Mettet-St Gérard-Fosses-Lesves.

 

L’escadrille Blériot de cavalerie N°5 à Saint-Gérard :


le 16 août 1914 à Saint-Gérard, le jeune René Paris qui habite avec ses parents, une ferme au lieu-dit « le Bâtiment » sur la route de Bossière est témoin d’une scène qui l’impressionne  beaucoup 
A ce moment, le corps de cavalerie Sordet se trouve à Saint-Gérard et voici que deux dragons viennent en éclaireur repérer les campagnes derrière la ferme. Peu de temps après un charroi composé d’un camion et remorque entouré de soldats s’approche, ces derniers déchargent un avion, les ailes de celui sont assemblées dans le champ et celui-ci s’envole sous les yeux émerveillé du garçon pour réaliser selon ce qu’on lui raconte une reconnaissance sur Dinant où l’on s’est battu la veille.

Ferme de René Paris au lieu-dit "le Bâtiment"

Le capitaine de Marancourt

Avion de type Blériot

Ce témoignage est confirmé par les archives : René Paris croise l’escadrille Blériot de cavalerie n°5 (BLC.5) commandée par le capitaine Massenet de Marancour qui est attachée au corps de cavalerie Sordet. 
Stationnée à Florenville deux jours plus tôt, l’escadrille était bien le 16 août « sur un terrain près de St-Gérard ». Ce jour-là le temps étant à la pluie, les avions étaient dans les remorques.
L’escadrille de reconnaissance était composée de trois pilotes et d’une vingtaine de mécaniciens. L’ensemble se déplaçait à l’aide de quatre véhicules tractant chacun une remorque « Godel » contenant un avion Blériot. Les ailes des avions étaient démontables. Le convoi pouvait en tout temps suivre le corps de cavalerie, quelques soit le temps. Il fallait 20 minutes aux mécaniciens pour monter l’avion qui pouvait décoller sur n’importe quel champ dégagé. 

Le capitaine de l’escadrille qui accompagne le corps de cavalerie Sordet écrit :

« De nombreuses troupes de cavalerie ennemies étaient signalées autours de Namur et il importait de les bousculer. Le 16 nous continuons notre marche vers le nord et couchons à Saint Gérard. Le matin nous étions sur le champ de bataille de Ligny. »

Revue de l’Aviation Icare L’aéronautique de la Ve armée en août et septembre 1914 
http://albindenis.free.fr/Site_escadrille/escadrilleBLC5.htm

Blériot en août 1914

 

La procession de l’Assomption au son du canon :


 

Le 15 août, c’est le jour de l’Assomption, c’est aussi le jour des premières batailles. Le bruit du canon se fait entendre dans tous nos villages. Même s’il ne circule plus de nouvelles, et que personne ne sait que ces combats ont lieu à Dinant : le bruit terrifiant de la canonnade fait prendre conscience aux gens que ça-y-est, la guerre est à nos porte !  A Ermeton, en ce jour de procession, la comtesse Marie de Villermont nous décrit l’ambiance dans le village :

« La procession est sortie malgré a pluie, malgré l’anxiété générale. Mais quelle procession ! Ni bannières dorées, ni théorie de blanches jeunes filles, ni reposoirs fleuris. Dans le paysage gris et morne, accompagné du bruit ininterrompu du canon, la procession parcourt les rues et les chemins. On récite des chapelets, c’est une véritable rogation de pénitence ! Tous baissent la tête. 
Beaucoup d’hommes manquent, ils font des patrouilles, ils vont aux nouvelles ou errent angoissés et fiévreux.
Nous ne savons rien de ce qu’il se passe. Nous sommes privés de toute communication avec le reste du monde. Les civils ne peuvent plus voyager dans les trains, la poste a cessé son service, télégraphe et téléphone sont supprimés. Nous ignorons que si le canon tonne c’est que l’ennemi est déjà à Dinant. Et puis nous voyons les troupiers de France passer, nous voyons ces files d’autobus pleins de soldats que nous acclamons. Qu’ils nous paraissent drôles ces véhicules parisiens désorientés sur nos routes de campagne. Nous gardons toutes nos illusions. Quant à ceux qui nous disent des bribes de vérité, nous ne voulons pas les croire.
Cependant on garde le cœur serré. Nous ne sommes pas encore habitués à ce sinistre bruit du canon, et puis, où est Henry*, il ne nous a pas donné signe de vie. Heureusement nous avons pour nous distraire, l’aménagement de l’ambulance qu’Henry nous a priés si instamment de faire. Dans les salons démeubles et dans l’orangerie, des lits sont dressés. Les femmes du village viennent faire des bandages et des compresses : on apporte des draps des chemises, chacun se dévoue comme il le peut. 17 août, l’ambulance est prête, on nous dit que nous n’aurons pas de blessé parce qu’on ne se battra pas de notre côté. Nous attendons vainement les fournitures que la croix rouge de Namur nous a promises»

*Henry de Villermont s’est engagé comme volontaire quelques jours plus tôt.

Gravure représentant la bataille de Dinant le 15 août 1914.

 

Les nombreuses gravures permettront de faire découvrir la guerre politiquement correcte et guider l'imaginaire des civils loin du front. 

 

Arrivée des troupes d’infanterie françaises du 10e  corps :


Jusque le fin 1914, les régiments sont régionalisés, les troupes de la 19e et 20e  division proviennent de Bretagne et de Normandie. Ces 2 régions sont paysannes et pauvres. Les Bretons et les Normands sont peu éduqués mais ils sont disciplinés et partent sur le front par devoir. Ils sont habités par un foi patriotique et religieuse très forte.

Ces soldats du Xe corps ont été débarquées des trains entre Reims et la frontière belge. Leur objectif est la Sambre, située à environ 140 kilomètres de marche.
Sitôt débarqués des trains, ces soldats ont à peine eu le temps de faire la transition entre leur vie « d’avant », que déjà devenus soldats, ils commencent à marcher vers la Belgique. 
Le 10 août, c’est pour e
ux le début d’une période dite de longues marches, effectuées sous une chaleur accablante
Certains régiments de réserve, pour la plupart de simples paysans, civils « uniformisés » si l’on ose dire ne supportent pas l’effort demandé. 

11 août, journal de marche de la 39e brigade :

« la marche a été rendue exceptionnellement pénible premièrement par une chaleur exagérée, deuxièmement  par le manque d’entraînement des réservistes. Bien que dès le commencement des fortes chaleurs, des haltes furent prévues toutes les 35 minutes, un grand nombre d’hommes, réservistes pour la plupart sont restés en route, plusieurs atteints de coup de chaleur dont 7 ont été mortels ». 

Aussi, c’est éreintés et fourbus que se trouvent les soldats du 10e corps à la veille de recevoir le baptême du feu au cours de la bataille de la Sambre.

 

L’accueil en Belgique est des plus chaleureux.
Les troupes du 10e corps arrivent en Belgique le 17 et sont accueillies chaleureusement par la population belge, comme en témoignent un soldat du 3e zouave :

« Couvin est la première ville belge où nous avons fait halte. Les habitants nous donnaient à boire et nous faisaient la fête. Ce qu’on voulait nous était donné pour rien, et en un mot, les gens ne savaient pas quoi faire pour nous faire plaisir. Deux heures du matin, départ de Couvin pour Mariembourg, où nous arrivons à 5 heures. On nous désigne une ferme pour y loger notre compagnie. On prend place et bientôt après nous nous débarbouillons tous dans le ruisseau qui coule à côté, et sans faire attention aux femmes et jeunes filles qui nous regardaient faire notre toilette. En même temps, on préparait notre cuisine et un bon bouillon nous fut bientôt servi. Des conversations s’engageaient entre femmes et Zouaves, et, s’étant vus si peu, on se connaissait bien. Pour ma part, je m’en fus me promener un peu en ville, et là, les jeunes filles nous dérobaient nos glands de chechias et nous donnaient en récompense : rubans, médailles et autres choses. On voyait passer de temps en temps des officiers d’état-major en automobile. Et toujours les curieux qui nous entourent et nous comblent de présents de toutes sortes ! » 

http://vinny03.perso.neuf.fr/gg/Etienne.htm

3e régiment de Zouaves de la 37e division à Philippeville rue de Namur vers le 20 août 1914 (Source Frédéric Swider)

Les zouaves et les tirailleurs algériens font partie de la 37e division africaine venue renforcer le 10e corps, elle arrive tout droit d’Algérie :
Journal de marche du 3e régiment de marche des tirailleurs algériens :

« 2 août, 1er jour de la mobilisation. Un régiment de marche est constitué sous les ordres du Colonel Simon, commandant du 3e tirailleurs. Sa composition est la suivante :
Etat-major, les 2e, 4e et 5e bataillons du 3e tirailleurs, 3e bataillon du 7e tirailleurs. Ces divers éléments se mobilisent dans leurs garnisons respectives de la province de Constantine »

 

Château de Beauchène au hameau de Biert-le-Roi 

« Mardi 18 août, le va et vient continuel des troupes françaises se poursuit. Les zouaves, très crâne ont leur petit succès de curiosité. Tous les hommes grillent des cigarettes, le tabac est si bon marché en Belgique. Puis 132 autos, poids-lourds, ronflant comme des monstres, passent en file indienne faisant trembler le sol. Dans chacune, 40 hommes avec équipement et fusil entre les jambes, les havresacs attachés dessus ou sur les côtés de la voiture. Sur l’un des autobus, en grandes lettres « Madeleine-Bastille » ; c’est la vision  du grand Paris qui passe ».

Premières troupes françaises à Fosses-la-Ville

Fonds Comité du Souvenir de Le Roux / D.Tilmant

Autobus réquisitionnés

 

Récit de Georges Veaux 41e RI, traversant Mettet le mercredi 19 août :

« Nous arrivons enfin à Mettet où le régiment cantonne. Musique en tête, nous pénétrons à fort belle allure dans la ville. Chaque compagnie se rend directement à son cantonnement. Les médecins Letulle et Jamtel et moi sommes logés dans une grande brasserie où l’on nous donne trois bons lits, Après la visite passée au bel hôtel de ville, je me mets en quête d’une carte du pays () Je sonne à tout hasard à la porte d’une jolie petite villa : c’est un dentiste qui me reçoit très bien dans son salon meublé avec le dernier luxe. Il fait apporter une bouteille de vin vieux, me fait cadeau d’une belle carte de Belgique. Il m’invite à dîner le soir. Dans sa conversation fort intéressante, il m’avoue qu’il craint beaucoup pour la petite ville de Mettet et sa maison en particulier, il avait raison. Tout le monde est accueilli avec le même enthousiasme. Au château saint Jean logent les officiers de la 8e compagnie, le capitaine Rougé et les lieutenants Marande et Brunet de la Charie. Mme et Mr de Pierpont, le bourgmestre, portaient des toasts chaleureux à la France et à son armée »
«Jeudi 20 août, après une bonne nuit de repos, nous ne partons qu’à sept heures du matin. Le régiment a profité de ce départ tardif pour nettoyer les uniformes, les armes, enlever la grosse couche de poussière qui couvrait le tout. On se soigne les pieds que l’on graisse avec précaution, car hier nous avons fait 38 kilomètres. Nous traversons la ville de Fosses : tous les habitants sont aux portes distribuant au passage bière, vin, cigares, gâteaux. Toute la population est dehors » 

Tambours du 136e régiment d'infanterie Château du bourgmestre Mr de Pierpont

 

Récit de l'abbé Laloux, curé d’Oret :

« Les Français ont fait une première apparition le 15 août. Le lendemain, 3 régiments de cuirassiers sont passés au pied de l’église. 
Le 18, nous avons commencé à avoir de l’infanterie et de l’artillerie. Cette dernière venait de Rennes. Elle comprenait plusieurs batteries et ont séjourné 3 jours dans la localité*.
Le samedi 22, grand branle-bas de combat. Toutes les troupes partaient vers Fosses et Châtelet. Vers l’après-midi, sont apparus les premiers fuyards venant d’Aiseau, d’Arsimont ; la Sambre était franchie par les armées allemandes et dans la soirée, les premiers blessés français nous arrivaient.
Les habitants du village, pris de panique commencent à fuir.
Le dimanche, il y avait messe, il restait une quinzaine d’habitants ». 

* : Le jeudi 20 le Général Menissier de la 39e brigade avait établi son QG au couvent des sœurs françaises d’Oret.

Août 1914. Le 148e RI arrive à Florennes Le jeudi 20, le Général Menissier de la 39e brigade établit son QG au couvent des sœurs françaises d’Oret.

 

Page 3 : L'exode et les premier combats au sud de la Sambre (suite)

 

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