Page 2 : la bataille

 

La bataille heure par heure, en suivant les journaux de marche des régiments français


 

Tableau des unités françaises du 1er Corps présentes lors de la bataille de Saint-Gérard (Cliquez)

 

Le 22 août à 0H20, la 2e brigade (1er corps) avait reçu l’ordre d’établir un emplacement défensif à Sart-St-Laurent afin de prolonger la position du 10e corps situé sur le front Fosses, Vitrival, Sart-Eustache. La mission de la 2e brigade était de s’opposer à des débouchés ennemis sur la rive sud de la Sambre et d’organiser des postes défensifs pour empêcher la cavalerie allemande de franchir les ponts de Floreffe et de Floriffoux.
Dans la soirée, la brigade n’a pas été attaquée car ses positions se trouvent dans la zone maîtrisée par les forts de Namur ; les Allemands contournant prudemment cette zone périphérique. Ce n’est pas le cas du 10e corps qui a été très ébranlé après de violents combats. Suite à l’échec de leurs offensives, les unités du 10e corps du général Defforges sont obligées de se replier vers Biesme, Devant-les-bois, Pontaury, Maison St Gérard et Bambois.
Devant les assauts de la 2e armée allemande qui traverse la Sambre, le Général Franchet d’Esperey, général du 1er corps, doit envoyer en renfort la 1ere brigade pour former une ligne de défense entre Gonoy et Lesves, C’est une position stratégique. Là, sur la hauteur sinue entre ces 2 localités un chemin qui domine 2 vallons. Le mouvement et la mise en place de la 1ere brigade doivent se faire sous le couvert de la 2e brigade abritée dans des tranchées à Sart-St-Laurent.
L’objectif de la manœuvre de la 1ere brigade est de créer une nouvelle ligne de défense à hauteur de la droite du 10e corps et ensuite de faire replier la 2e brigade qui se trouve depuis la poussée allemande, trop au nord sur des positions indéfendables.
Les Français ne doivent plus trop se fier aux forts de Namur : ceux-ci sont attaqués. Ainsi, le soir du 22, le fort de Maizeret est déjà inutilisable. 
Le 1er corps ne laisse que la 51e division de réserve venue en renfort pour empêcher le passage de la Meuse et doit donc assumer une tâche immense : il doit soutenir la droite du 10e corps face à la 2e armée allemande, éventuellement prendre l’offensive mais doit aussi assumer sa mission première : interdire le franchissement de la Meuse où maintenant, seule la 51e DR fait face à la 3e armée. 

La ligne de front, le 23 au matin est tenue par le 3e et le 10e corps établis face au nord, de Nalinnes jusque St Gérard, en avant de la route de Rouillon . A partir de St Gérard, la position défensive s’étire au nord vers Sart-St-Laurent et Floreffe. La ligne de défense prend donc une forme de potence avec St Gérard comme point d’articulation. 

En rouge, les 9 forts de Namur Le fort de Maiseret est déja hors d'usage dans l'après-midi du 22 août

 

Floreffe, vue sur la Sambre Le Général Franchet d'Esperey commandant le 1er corps d'armée

L’avantage des Français est qu’à l’est, leur ligne de défense  est protégée  par le fort de Saint-Héribert qui se trouve entre Bois-de-Villers et Wépion. Néanmoins, c’est un avantage psychologique, car les forts ont une vitesse d’action trop lente sur ce front mobile. Le fort de St Héribert se trouve à presque 10 km et ne peut tirer que lorsqu’il est certain des positions des Allemands et surtout des Français. 
Autre avantage des Français : Les Allemands sont passés à l’attaque sur la Sambre en évitant les forts de Namur. Le 23 lorsqu’ils vont continuer leur avancée, l’aile droite allemande serait donc à découvert ! Les Français découvrent « le talon d’Achille » de ce dispositif. L’E-M français envisage alors d’utiliser sa disposition en potence pour réaliser une contre-offensive visant à  défoncer le flanc gauche de la 2e armée allemande.
Pour préparer cette contre-offensive, les unités de la 2e division du premier corps se rassemblent de la façon la plus discrète possible derrière la ligne de défense, entre St Gérard et Lesves aux alentours de la Ferme de Montigny. 

Entrée du fort de Saint-Héribert

1914 après la prise du fort. En cape, un officier supérieur allemand.

Ferme de Montigny à Saint-Gérard

Les Allemands qui se lancent vers Saint-Gérard se trouvent au nord entre Fosses-la-Ville et Franière. 
L'avantage des Allemands : ils coordonnent très bien les actions de l’artillerie grâce à leur aviation. Si les avions français informent les grands QG des positions ennemies, la lenteur des  transmissions ne permet pas d’égaler l’efficacité allemande qui informe directement l’artillerie. 
Les Allemands ont également l’avantage de l’offensive : Ils foncent de façon appuyée avec les 2 divisions du corps de la Garde sur les unités françaises qui ont dû amplement se déployer sur toute la largeur de la ligne de défense. L’attaque se fait sur l’aile droite française : tout d’abord sur le 84e RI qui doit se retirer avec peine de Sart St Laurent et ensuite sur les 43e et 127e RI par un pilonnage d’artillerie extrêmement violent.

Le rôle de l'aviation allemande. Cliquez pour découvrir l'article

Positions des unités françaises le 23 août et endroits des attaques (en rouge)

(Georges Gay la Bataille de Charleroi 1937)

Position du 1er corps qui doit défendre le nord et la Meuse à l'est

Les allemands de la 1ere division de la Garde "Zu Fuss" arrivent par Taravisée.

Ces soldats font face au 84e RI français.

La 2e division de la Garde allemande arrive à Bambois par l'est de Fosses.

Les 43e et 127e RI français sont sur la crête à l'horizon, visible sur cette photo.

 

Suivons heure par heure cette journée du 23 août :


La 2e brigade (1er et 84e RI) :

C’est au nord du dispositif que se trouve la 2e brigade Sauret. Le 84e RI est en position défensive dans des tranchées à Sart-Saint Laurent. De la nuit, ce régiment reçoit l’ordre de couvrir le rassemblement de la 1ere brigade et de la 2e division qui s’apprêtent à monter sur leur position 

Montée au front de la 1ere brigade et de la 2e division (3e et 4e brigade) :

La 1ere brigade composées des 43e et 127e RI, qui bivouaquent à Denée et à Ermeton-S-B quitte ses cantonnements à 2H00 pour tenir la position défensive entre Gonoy  et Lesves. L’artillerie divisionnaire qui l’accompagne (2e groupe Bourette) doit se positionner à la ferme d’Hérende.

Soldats du 127e régiment d'infanterie

La 2e division (3e et 4e brigade) doit soutenir la 1ere  brigade et se met en place dans sa position d’attente,  son gros vers la ferme de Montigny, tenant Lesves et les 6 bras. Elle est en place dès 5h30.
Le colonel Pétain commande provisoirement la 4e brigade. 
Les  33e, 73e, 8e et 110e RI de la 2e division sont massés derrière la ligne de défense. Ces unités effectuent leurs mouvements « sans signaler leur présence », car l’EM compte les utiliser pour réaliser une audacieuse contre-attaque.

A 4H30, le poste de commandement du Général Franchet d’Esperey et de son 1er corps s'installe au lieu dit "les quatres chemin", soit le carrefour de la route de Rouillon qui croise celle de St-Gérard/Ermeton-sur-Biert (voir la carte ci-dessus). Pendant ce temps, les troupes s'installent suivant les ordres établis. Le Général Franchet d’Esperey va s’assurer à la ferme de Montigny du parfait état de la 2e division Deligny. A l’intérieur de la cour, il en profite pour décorer le capitaine Vaudrin de la 4e compagnie du 33e RI pour ses faits d’arme 8 jours plus tôt lors de la bataille de Dinant.

Sur la route, mais en marchant en sens inverse de nous, quantité de Belges poussent devant eux des charettes encombrées de meubles, de linge, avec des enfants ou des vieux juchés dessus. au petit jour, nous faisons une halte de trois quard d'heure et nous nous endormons tous. Puis la marche reprend.
A un careffour, près de Graux, nous croisons l'Etat-Major du 1er Corps. Le général Franchet d'Esperèy est comme toujours pétulant et actif. A proximité s'instale un champ d'aviation.
Avant d'entrer dans St Gérard Nous croisons les troupes du 10e Corps qui reviennent de la bataille. Nous les dévisageons avec la plus grande curiosité. Les hommes sont noirs de poussières; les yeux brillants, la tenue est bonne mais les rangs paraissent terriblement clairsemés. Au 48e et au 70e, on ne voit presque plus d'officiers.

Carnet de route du lieutenant Lucien Nachin 43e RI

La cour de la ferme de Montigny, là où le Général Franchey d'Espérey décore le Capitaine Vaudrin Bois de Villers, les 6 bras

 

Le recul des troupes du 10e corps vers Graux et Furnaux:

Nuitamment, la 19e division et la 73e brigade du 10e corps ayant retraité vers le sud suite aux combats meurtriers de la veille se trouvent entre Bambois et Saint-Gérard. 
Vers 3 ou 4H00 du matin la 19e division reçoit  l’ordre d’aller s’établir vers Furnaux-Ermeton derrière la 73e brigade qui doit mettre le village de Graux en état de défense. 

Le Général Defforges établit son 10e corps de façon symétrique par rapport à Mettet, plaçant à l’ouest la 20e division derrière la 74e brigade et à l’est la 19e division derrière la 73e brigade
Le 6e tirailleurs a pour mission de défendre Mettet. 

22 août au matin troupe de la 19e division à Fosses-la-Ville

Source G. Gay

Général Bonnier commandant la 19e division

Bien que le 1er corps reste en contact avec le 10e corps situé à sa gauche, il n’est pas averti du repli de la 19e division : En arrivant sur ses positions, la 1ere  brigade s’aperçoit que la 19e Division n’est plus au Gonoy. La ligne défensive qu’elle doit établir, au lieu d’être face au nord, doit pivoter et se trouve alors face au nord-ouest, entre St Gérard et la Folie d’Auvelais.
Comme les unités du 10e corps reculent et que celles du 1er Corps montent vers le nord, ce sont des milliers d’hommes et tout un charroi qui se croisent : il s’ensuit un embouteillage des voies et chemins :

« A ce moment défilent sur la grande route  venant de St Gérard des troupes nombreuses appartenant à la 19e division et des convois divers, qui sont orientés vers Furnaux, Biesmerée afin de se reconstituer. Ces régiments font d’ailleurs encore bonne impression. »
JM 2e division.

Dans le village, c'est un encombrement inouï de voitures de toutes formes appartenant aux zouaves, aux tirailleurs et au 10e corps. 
Carnet de route du lieutenant Lucien Nachin 43e RI

Arrivée de la 1ere brigade sur la ligne de défense : 

Vers 6H00, la 1ere brigade composée des 43e et 127e RI, s’installe sur les positions assignées entre Maison et Lesves, avec les fermes de Libenne et d’Hérende comme dispositif central. L’artillerie peut se mettre en position : 
Le groupe Bourette de l’AD est en position de surveillance sur la crête nord de la ferme d’Hérende et reçoit pour mission de prendre sous son feu les abords de Gonoy.
Le groupe Denommé est plus bas dans la plaine, en surveillance face à l’ouest.

 

Les bataillons du général Mangin du 45e et 148e RI sont en place, aux abords de Denée.

Le 1er Bataillon du 148e RI quelques jours avant le combat de Dinant. 

Les soldats posent avec les lances des ulhans qu'ils ont fait prisonniers.

Cliquez pour découvrir de diaporama

Le capitaine du 148 RI, Victor Gantelet,

mortellement blessé au combat du pont d'Yvoir le 23 août 1914

 

Attaque allemande sur la 2e brigade :

L’attaque allemande a lieu de grand matin tout d’abord au nord sur le flanc droit français, qui se trouve bien isolé en avant. Le premier contact avec l’infanterie se fait vers l’endroit le plus avancé du 84e RI, soit la ferme Bîjard, à plus d’un kilomètre, à l’ouest de Sart-St-Laurent. 

A 7H30,  le 84e RI positionnée à Sart-Saint Laurent subit les tirs de l’artillerie lourde qui bombarde ses tranchées pendant qu’une colonne ennemie se dirige vers le village.

A 7H45, à Fosses-la-Ville, une demi heure après avoir incendié les premières maisons, Des éclaireurs Allemands entrent dans la ville. Il n'y a plus de combattants français, seulement de nombreux blessés victimes des combats de la veille. Ces derniers sont en extrême panique car les Allemands déclenchent sans raison dans les rues de vives fusillades. Le gros des troupes allemandes n'entreront à Fosses que dans la soirée.

8H30 (Journal de marche du 84e RI) :

« Un bataillon d’infanterie allemande se dirige vers ferme Bijard et est contenue par les feux des bataillons. »

Soldats et officiers du Zu Fuss régiment à Fosses-la-Ville
Ferme Bîjard dans les campagnes à l'ouest de Sart-Saint-Laurent. C'est le 84e RI qui affronte le premier assaut allemand Colonel Benoit commandant le 84e RI
Le 4e régiment de la Garde à Pied "zu Fuss", 7e compagnie. L'artillerie allemande se met en place
Batterie allemande de 77mm Section de mitrailleuse du 2e regiment de grenadiers de la Garde "Franz"

La 1ere brigade qui compose le centre de la ligne de défense subit aussi l’assaut :

8H00 : Installée sur ses positions depuis à peine 2 heures, la 1ere brigade est bombardée.
Le groupe Bourette et le groupe au Denommé sont pris également à partie par l’artillerie et ne peuvent contrebattre. 

9H45 : l’infanterie allemande monte sur le champ de bataille : 

« Des colonnes ennemies de toutes armes sont signalées en marche de Fosses vers Mettet ainsi qu’une brigade de cavalerie sur Planson (Bossière) ».
Ce sont des estafettes du 6e chasseurs d’Afrique qui découvrent les cavaliers allemands avançant vers Bossière. Une unité de cavalerie du 10e hussards, stationnée à Denée (brigade provisoire de Chapvallier) est envoyée pour l’aborder, mais l’ennemi se dérobe. 

Carnet de route du sergent-fourrier Gérard Soyer 127e RI, 4e compagnie:

Nous arrivons de très bonne heure à St-Gérard où nous choisissons nos emplacements de combat.
L'ennemi est à Fosses.
Le 2e bataillon est en avant de nous à 500 mètres. Nous sommes le 1er bataillon, en première ligne. On se terre dans les tranchées que l'on creuse avec des outils de campagnes.
Toutes la journée de 10 à 16 heures, les obus éclatent devant nous, à droite, à gauche, sans ne nous faire aucun mal, on rit. Une batterie du 27e régiment d'artillerie de notre division, repérée par des aéroplanes allemands, un peu en avant de nous, subit quelques avaries.

Source : http://www.chtimiste.com/carnets/carnets.htm

 

2 groupes de l’artillerie de corps sont mis en position vers la ferme des Papes avec mission d’interdire à l’artillerie allemande la crête à Maison et de s’opposer à la progression de son infanterie vers la direction de St Gérard. 
Le groupe Denommé ayant été repéré par des avions subit des tirs efficaces d’artillerie lourde. Au moment où ce groupe amène les avant-trains, il est écrasé par plusieurs salves d’obus explosifs de l’artillerie lourde allemande qui tuent une partie des servants et des chevaux. Les chevaux affolés s’échappent dans toutes les directions. Un adjudant regroupe des conducteurs de bonne volonté  afin de reformer des attelages et rechercher le matériel.

10H00 : le groupe d’artillerie Denommé se replie également.

Evacuation de Sart St Laurent : 
Au bout d’une heure de pilonnage suivie de 2 heures de combat, la 2e brigade recule de sa position « nord » et se replie. C’est maintenant la 1ere brigade qui doit assumer le choc et la défense du flanc droit. 
A 10H40, le 84e RI se replie sur Lesves et les 6 bras. Le décrochage du combat est pénible et ne peut se terminer que par l’intervention de l’artillerie française.

Récit du curé de Lesves:

Déja vers 10H00 à l'heure de la grand messe, les obus allemands éclataient vers la Levée (entre Bambois, Sart-St-Laurent et Lesves). Mais le plein de la bataille éclata vers midi: il y avait une escarmouche assez violente aux environs du Bois de Graux (hameau de Lesve entre Maison et Lesve)

 

Renfort et montée sur le front du 33e RI à Bossière :

Les Français surpris de voir arriver aussi rapidement les Allemands s’aperçoivent qu’entre Graux et St Gérard la position n’est pas défendue. Fin de matinée, la 3e brigade est envoyée renforcer la gauche de la 1ere brigade sur la crête de St Gérard à Planson, au nord de Bossière. Le 73e RI doit tenir le mouvement de terrain de la cote 254.
Le II/33 (2e bataillon du 33 RI) marche sur Cottaprez et entre dans le village : en 1e ligne sont les 5e et 7e compagnies. La 6e compagnie marche sur la ferme Toyot.
Le III/33 est échelonné en arrière et à gauche du II/33.
Le I/33 à été employé comme soutien d’artillerie en position aux abords de St Gérard.
Les 3e sections de mitrailleuses flanquent les lisières E et O de Cottaprez. 
Une compagnie pénètre dans les bois de Bure. Une compagnie occupe la gare de Cottaprez.

11H00 : les unités du 33e RI sont en place pour renforcer la 1ere brigade

Gare de Saint-Gérard, près de Plançon Ferme Toyot à Bossière

Témoignage de Jules Petit, curé de Lesve :

Déja vers 10H00 lors de la grand-messe, les obus allemands éclataient vers la Levée (entre Bambois, Sart-St-Laurent et Lesve). Mais le plein de la bataille éclata vers midi : il y avaient une escarmouche assez violente vers le Bois de Graux (Hameau de Lesve entre Maison et Lesve).
Dans le village, je rencontrai quelques soldats bretons qui me dirent venir de Fosses, où ils avaient été soignés des blessures reçues à Tamines et aux environs. Je les conduisis au Couvent des Pères de Betharram, où ils prirent quelques nourritute. Vers 14H00 je rencontrai un capitaine brisé, complétement perdu, accompagné de son ordonnance et suivi d'une ambulance de la Croix-Rouge avec quelques blessés, d'autres éclopés cheminaient péniblement. Je parvins à les faire admettre dans quelques véhicules conduits par des paroissiens fuyant le danger.

Après 3/4 d'heure de repos, le capitaine renenu à lui, manifesta le désir de poursuivre sa route vers St-Gérard. Je lui fit un pas de conduite, jusqu'au moment où il retrouva son cheval qu'un soldat conduisiait par la bride. A ce moment déja on entendait crépiter la fusillade aux environs des fermes des Volées et d'Hérrente.
Je revins au couvent où je parlai avec les blessés. Tout à coup une estafette arrive au galop: "Sauve qui peut! Les Allemands arrivent!"
Ce fut la débandade générale: les plus valide partirent à pied, les autres furent hissés dans la voiture d'ambulance et dans les chariots de Lesve qui stationnaient aux environs.Le convoi se mit en branle vers Bioul. Quelques uns seulement demeurèrent, incapable de supporter le transport.

A 10H30 suite au replis des troupes françaises, le poste de commandement du 1er corps s'installe à Ermeton-sur-Biert

 

Le 1er bataillon du 43e RI doit organiser la défense du village de St Gérard. Le Lieutenant Nachin commande une section de mitrailleuse. Il fait installer sa pièce à la lisière de la plaine. Comme ces soldats sont à la recherche de bons emplacements, sa section a été visiter le château de l'Argilière, appartenant à Mr Gilbart, négociant en vin :

Il est 9H00, le canon se rapproche sensiblement. Presque au bas de la vallée se trouve une petite maison dans un verger, c'est là que je place ma section. Les pièces sont montées dans la cuisine, de chaque côté de la cheminée, et des embrasures sont percées dans la muraille construite en grès du pays. [] La chambre à coucher est organisée pour recevoir les blessés, s'il y en a. Le feu est allumé dans les deux pièces, et quelques poules, victimes innocentes de la guerre, sont déjà en train de bouillir; un soldat est allé traire les vaches qui beuglaient dans la prairie et pendant que les servants calent les pièces et engagent déjà une bande de cartouches pour la besogne de mort, un pourvoyeur s'efforce de faire manger du pain mouillé à un canari laissé sans nourriture dans une cage.
La 2e compagnie est installée à ma gauche dans une grande ferme. Plus loin, en avant, on voit des zouaves qui creusent des tranchées. En l'air circulent des aéroplanes et du parc d'aviation que nous avons vu s'organiser ce matin, part un monoplan qui, manquant de vitesse, capote et s'écrase dans la luzerne.
[] Pendant ce temps (vers 13H45), nous mangions. Dans la cave du château, nous avions trouvé des bordeaux blancs et rouges et de tout premiers choix. Le bouillon était délicieux et notre appétit considérable: aussi le repas fut vite expédié et le Sauternes 

Carnet de route du lieutenant Lucien Nachin 43e RI

 

 

Le général Deligny essaie de sauver le plan de contre-attaque contre le flanc des allemands :


Le général Deligny commandant la 2e division (3e et 4e brigades) comptait réaliser une contre-attaque avec ses unités. Mais lorsque la 3e brigade est appelée au front pour renforcer la ligne de défense, la voilà privée de la moitié de ses effectifs : le plan de la contre-attaque est donc franchement compromis. 
Ainsi pour sauver son plan, le général s’en va trouver à 12H30 le général Blanc commandant la 73e brigade d’Afrique (10e corps) afin lui proposer de participer à la contre-attaque qu’il veut s’apprêter à lancer sur le flanc des Allemands.
On ne connaît pas les aboutissants de cette conversation, mais à ce moment le 10e corps est rudement pris à partie : la position de Mettet est violemment canonnée par les Allemands et la 74e brigade subit les nombreux assauts sur Wagnée.

Général Deligny 2e division Général Marjoulet 1ere brigade Colonel Philippe Pétain, 4e brigade Colonel de Fonclare 127e RI

 

L'après-midi, la situation est très compromise :

A 12H45, la 2e brigade reçoit l’ordre de se replier à l’est sur la crête de St Gérard pour couvrir, si nécessaire, le recul de la 1e brigade vers le bois de Neffe ou Bioul. Le commandement s’aperçoit que la situation est déjà compromise et ébauche un plan de repli général.

 

En effet à 13H00, Sart St Laurent tombe aux Allemands et c’est la droite de la 1ere  brigade qui encaisse maintenant tous les assauts : des détachements d’infanterie allemandes sortent du bois à 1200 m de leurs positions.

Pièce exceptionnelle retrouvée sur le champ de bataille de St-Gérard

Plaque frontale de casque à pointe d'un soldat d'un régiment de la garde (collection particulière)

Le feu d’artillerie allemand redouble d’intensité sur les tranchées de fantassins et le groupe d’artillerie Bourette. 
Le journal de marche du 127e RI signale à 13H00 que les tranchées en 1ere ligne sont violemment arrosées d’obus.

 
Assaut allemand

Infanterie française

Défense d'une ligne de front dans des tranchées sommaires

 

Si les soldats du 84e RI avaient aménagé leur position en creusant des tranchées, ceux de la première brigade (127e et 43eRI) n'ont pas eu cette chance. Deux heure après leur arrivée sur la crète du Gonoy, ils sont déja bombardés.

 

Repli et débandade :

A 14H00, à Bossière, le 33e régiment reçoit l’ordre de constituer un échelon de repli à Graux et de retraiter à Ermeton. 3 sections de mitrailleuses s’installent sur les lisières nord et ouest de Graux pendant le mouvement du 2e et du 3e bataillon.

Une demi-heure plus tard, la 1e brigade qui tient ce centre de la défense, reçoit l’ordre de se replier par échelons successifs. L’opération est délicate puisqu’il s’agira de redescendre au travers la longue plaine à découvert, jusque St Gérard. 
Le groupe d’artillerie Bourette amène les avant-trains pour évacuer. A ce moment, des salves d’obus explosifs éclatent, faisant sauter les caissons, tuant de nombreux hommes et chevaux.

Il en résulte une panique qui s’étend aux unités voisines. L’infanterie abandonne ses positions : le front s’écroule : des soldats se débandent en courant au travers la plaine, poursuivie par le feu de l’ennemi ! 
Au bout d’une demi-heure, les officiers arrivent néanmoins à rétablir un semblant d’ordre mais il est trop tard !
C’est la retraite : la 1ere brigade se replie vers Bioul, mais la 2e brigade n’est pas dans les positions qui lui étaient assignées pour protéger son repli. Le général de la 1ere brigade n’a donc aucune troupe de protection pour reculer par échelons. La brigade devra se charger elle même d’assurer ses arrières.

A 14H45, la 73e brigade du 10e corps reçoit elle aussi l’ordre de repli : 

« Ordre du général de division de quitter Graux et de se replier à l’abri au sud de la route de Mettet à hauteur de Furnaux. Le bataillon le Lain ( 2e tirailleurs algériens) part renforcer la 74e brigade sur Oret ». 

15H00 : Le 33e RI subit également des pertes en se repliant. 3e brigade, journal de marche :

« 33e et 73e RI, la situation était bonne, le canon ennemi se taisait peu à peu lorsque l’ordre de repli arrive. Le mouvement se réalise sans difficulté pour le 73e mais plus difficilement pour le 33e qui subit une perte de 60 blessés et tués. Soutenu par 2 groupes d’AC, le 33e arrive à rejoindre la route de Bioul où il se dirige vers Ermeton ».

A la même heure, le journal de marche du service de santé de la 1e DI nous éclaire sur la débandade du front :

  « A 15H00 environ, l’ordre de la retraite est donné: la canonnade est des plus intenses. L’ordre est aussitôt donné aux formations de se replier sur Ermeton-sur-Biert, mais leurs positions étant battues par l’ennemi, lorsque l’ordre parvient, elles se sont déjà retirées. 
La retraite se précipite en désordre poursuivie par le feu de l’ennemi. Les blessés semblent devoir être assez nombreux. 
Les blessés du 10e corps recueilli par l’ambulance n°2 ont été tous évacués par voitures civiles sur Philippeville.
Les blessés de la journée en dehors de ceux qui ont suivi ou ont été transportés par les unités en retraite n’ont pu être recueillis sur le champ de bataille par le fait du feu intense de l’ennemi et de la retraite. Le nombre n’en est pas connu. Les pertes semblent pouvoir être  évaluées pour la division, suivant quelques renseignements recueillis à 800 hommes au maximum. »  
Dans la soirée la division reçoit l’ordre d’aller d’installer ses cantonnements-bivouacs à Biert l’Abbé-2km au sud d’Ermeton-sur-Biert et environs.»



    
Le capitaine Guido von Gillhaußen 1870-1918

le 22 août 1914, il est transféré dans le régiment des Grenadiers de la Garde Nr. 3
Il participe au combat de Saint-Gérard et d'Ermeton.
Il ne sera pas très chanceux, en tout, il ne passera que 33 jours sur le front occidental: 

En 1914, il sera blessé après seulement 19 jours de combat à Saint-Quentin/Colonfay 
après une lente récupération, il remonte sur le front la 04 mars 1918,
promu major et commandant un bataillon de fusillers des grenadiers de la garde,
il est mortellement blessé après 14 jours.

http://gottmituns.net/2013/03/14/major-guido-von-gillhausen-1870-1918-so...

Récit du curé de Sart-St-Laurent:

le 23 vers 16H00, les Allemands arrivent de Ham-sur-Sambre et passent nombreux pendant 3H00 durant, allant directement vers St-Gérard

 

Après 15H00, les positions sont abandonnées et l’EM français organise le repli :

Journal de marche du 15e régiment d’artillerie de campagne :

 « A 15H35, le général commandant le Corps d’Armée prend la décision d’évacuer la position* et prescrit d’établir de l’artillerie au sud de St Gérard et d’établir la 2e brigade d’infanterie à hauteur du bois de Neffe pour permettre à la 1e brigade de se retirer du feu par la ferme de Montigny à Bioul. 2 groupes sont disposés sur cette crête avec mission de contrebattre la puissante artillerie qui se révèle sur la crête de Maison et au nord de la ferme d’Hérende. Cette mission est très heureusement remplie par ces 2 groupes qui soutiennent avec avantage la lutte contre l’artillerie mais ne peuvent éteindre le feu des obusiers lourds dont ils ignorent la situation. Le groupe Hesse (AC1) et le 1e groupe Dénommé reçoivent l’ordre de prendre une position de repli d’abord sur la ferme Montigny puis à la hauteur de Bioul. Ces 2 groupes sont alors mis à la disposition du  général Marjoulet commandant la 1e brigade qui à son tour doit servir de repli à la 2e brigade (Sauret) devant se retirer dans le bois de Neffe dans la direction de Denée ».

* : En réalité, Ils ont déjà évacué sans attendre la permission du général

A 16H20, le 84e RI reçoit l’ordre de repli sur crête Ermeton-Graux-Furnaux 

 

Carrère François, prêtre du sacré coeur de Betharram Lesves:

Lesves 23 août vers 16H00 () nous apercevons derrière la haie qui borde le sentier menant aux "volées" tout près de la chapelle St-Roch, un officier avec une mitrailleuse à ses côtés. Dissimulé derrière un buisson il regarde avec des jumelles la route de St Gérard probablement pour se rendre compte du nombre des Français postés près de la chapelle aux Loups.
L'officier, en gris, n'a pas de casque à pointe; comme on a parlé d'anglais proches, je le prends pour tel et je lui demande "Are you Anglais?" Visiblement ennuyé, il me fait signe avec la main de partir. Je compris que c'était un Allemand. Alors, nous faisons demi-tour vers la maison Hemptinne, mais nous apercevons devant nous, à peu près devant la maison Philéas, une colonne allemande: fantassins, cavaliers, canons, qui s'avancent en encombrant la route.

Les témoignages d'un officier du 43e RI et d'un sous-officier du 127e RI nous font revivre la retraite de la 1ere brigade

Carnet de route du lieutenant Lucien Nachin 43e RI

Les autres compagnies étaient disparues sans laisser de traces, n'ayant semble-t-il, qu'un souci: quitter St-Gérard où le feu de l'artillerie commençait à devenir gênant. Il faut avouer que le sentiment du coude à coude, la volonté de se battre paraissaient faire défaut, ou tout au moins, subissaient une éclipse chez quelques-uns.
Le Commandant était furieux et rageait [] il est hors de doute que cette absence de la moitié de ses unités devait le gêner beaucoup et même compromettre le succès de sa manœuvre.
Il était à peu près 16H00. De tous côtés, les troupes françaises refluaient vers l'arrière du champ de bataille, mais aucune ne paraissait suivie par l'infanterie allemande. L’œil collé à la lunette du télémètre, je scrutais les crêtes lointaines et je ne voyais apparaître que de minces colonnes de fantassins, quelques-unes marchant dans le plus grand désordre. Pour les recueillir, le commandant donna l'ordre de se déployer. La 4e appuya à la sortie sud-ouest de St-Gérard et la 2e à sa droite chercha à gagner la grand’ route de Namur. Déjà des obus allemands faisaient voler en l'air les arbres de cette route, mais rien n'arrivait sur le bataillon. Les deux compagnies bien qu'absolument isolées se déployèrent sans conserver de renforts et d'ailleurs, sans apparence de vouloir tenir. Déjà, près de la route, se trouvait une compagnie du 127e. Quand elle vit s'avancer derrière elle la 2e compagnie, loin dans ce soutien de résistance, elle considéra sa tâche comme achevée et retraita. Les deux lignes se traversèrent, mais l'élan de la 2e fut brisé et peu après, cédant à une impulsion irrésistible, les hommes partirent eux aussi en arrière.

 
Le chef de bataillon Marie VINCENS, 127e régiment Tué à St-Gérard le 23 août 1914 lors des combats

La mort du Commandant Vincent d'après le carnet de route du sergent-fourrier Gérard Soyer 127e RI, 4e compagnie :

A 16h00, ordre de se replier.
Le 2e bataillon commence son mouvement, à peine est-il arrivé à notre hauteur que l'ennemi est à la crète devant nous. Nous sommes alors en 1ere ligne, 500 mètres nous sépare de l'ennemi.
On leur envoie des balles à profusion, on en dégringole quelques-uns. Ils sont en force, nos gradés et soldats ont un courrage héroïque. Ils veulent passer à l'assaut, mais devant le nombre, il faut refuser.

Et puis nous sommes encerclés. Le commandant Vincent tombe à mes côtés, frappé d'une balle au ventre. Il me dictait un ordre pour la 4e compagnie. J'appelle des hommes pour le transporter, personne ne m'entend tellement la fusillade est forte. Je suis le seul près de lui, je lui demande s'il n'a rien à me dire:
"Ma femme et mes enfants", me répondit-il, puis il cesse de perler, il était bien touché et agonisait.
Le sergent Leblanc et le sergent Tant.. Henri le transportèrent à l'arrière.
Cela me fit du mal de quitter ce brave officier.
Un "sauve-qui-peut" retentit, il faut partir en l'emmenant.
Est également tué le sous-lieutenant Mercier de notre 4e compagnie, balle au coeur. Ses dernière paroles furent "Au revoir mes enfants".
L'adjudant Dubois est atteint au genou, il est transporté dans un hôpital puis reste prisonnier. Mon ami Delbecq, caporal de Flers-Lille est aussi atteint grièvement. Le soldat Puchois est tué.
Regnier d'Abscon est atteint de plusieurs balles, il est disparu.
Dans notre retraite, nous sommes poursuivis par l'artillerie. Les obus éclatent au-dessus de nous et en blessent plusieurs. Pour un baptême du feu, ça compte!

Source : http://www.chtimiste.com/carnets/carnets.htm

 

Antoine Verriele, licencié en droit de la faculté catholique de Lille. Il à 24 ans lorsqu'il part à la guerre au sein du 43e régiment d'infanterie.

Il est mortellement  blessé  par un obus​ lors des combats à Saint-Gérard, dans l'après midi du 23 août. Des compagnons de son régiment raconteront à la famille les circonstances de son décès (Voir sa fiche personnage)

 

 

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A 17H00, St Gérard est sous les bombes allemandes. Journal de marche du Groupe de brancardiers de la 1e DI :

« La formation est mise en position d’attente dans le fond de St Gérard. Vers 5H00 les Allemands bombardent notre formation, la retraite est obligatoire par suite de celle des autres groupes. 2 médecins auxiliaires, 2 sergents, 2 caporaux et 35 brancardiers se sont égarés ».

 

 St Gérard et la ferme de Montigny sont en flammes. La 1ere brigade arrive à Bioul et s’écoule dans la direction de Denée. 

Au fur et à mesure que nous avancions, nous étions rejoints par des groupes de plus en plus nombreux qui débouchaient de partout. Il était 18H30 quand j'arrivai à Bioul. Le Général Marjoulet et le Colonel fonclare, du 127e, étaient postés à une bifurcation et orientaient les différents détachement sur leurs cantonnements de repli. Je reçus l'ordre de me diriger sur Ermeton-sur-Biert, notre village d'hier. Toutefois, la route directe nous était interdite car elle était battue par l'artillerie ennemie.

Carnet de route du lieutenant Lucien Nachin 43e RI

Route de Saint-Gérard à Bioul Place de Denée

A 18H00, Dénée est bombardé. Journal de marche de la 4e brigade :

« A 18H00 les projectiles ennemis commencèrent à tomber sur Denée. A 19H00 le feu cessa à la nuit tombante. A 19H30, le commandant de la brigade, profitant de l’obscurité, évacua la position et achemina ses troupes vers Flavion »

Si l’obscurité aide les Français à évacuer Denée, Ceux-ci n'ont pas vraiment le choix car les Allemands sont sur leurs talons :
Les troupes allemandes de la Garde Impériale venant de Saint-Gérard, investissent Denée à 20 heures. Elles partiront le lendemain à la première heure.
Schmitz et Nieuwland P 66 et 69  5e partie 

 

Vers 21H00, la 19e division doit se replier de Furnaux vers Biesmerée et va cantonner entre Biesmerée et Stave. Journal de marche du 48e RI :

« 23H30 :  La fusillade crépite à peu de distance »

 

Profitant également de la nuit, la 73e brigade va se cantonner au sud de Mettet. Les avant-postes sont attaqués de la nuit. 

Sur les routes, le repli a des relents de déroute :
A minuit, le 33e RI atteint l’église de Morville après une marche très difficile sur une route où règne une confusion inexprimable des éléments du 10e corps, du 1e corps et des fractions belges échappées de Namur.
J-M de la 2e division :

« Le mouvement rétrograde commence vers 17H00 et s’achève de nuit dans un désordre inévitable. La journée du 24 est employée à continuer le mouvement rétrograde vers le sud. »

 

Le projet de contre-attaque français :

En voyant les Allemands s’enfoncer à l’ouest tout en évitant les forts de Namur, le général Deligny pensait ce jour du 23 août réaliser une contre-attaque dans le flanc gauche de l’ennemi : 

J-M de la 2e division : 

« L’ordre général n°14 de la division règle les conditions du mouvement de la 2e division d’infanterie. Au moment où la 2e DI achève de se rassembler autour de la ferme de Montigny, le chef du 1er CA reçoit avis que des colonnes ennemies de toutes armes se dirigent de Fosses sur Mettet et qu’une brigade de cavalerie allemande se dirige sur Plançon. 
A ce moment on se rend compte au poste de commandement de la 2e division installé à Graux, que l’on se trouve sur le flanc gauche de l’ennemi et qu’en poussant droit devant soi, c’est à dire vers l’ouest, on aurait des chances sérieuses de remporter un succès. 
Le général de division d’infanterie demande au général commandant le 1er corps d’armée l’autorisation d’attaquer dans ces conditions »

Malheureusement pour le général Deligny, plusieurs mauvaises déconvenues l’attendent :
Sous la pression des attaques allemandes, plus puissantes qu’il ne l’imaginait, sa 3e brigade composée des 33e et 73e RI est forcée d’aller soutenir la ligne de défense. Qu’importe, il s’en va trouver le général Blanc commandant la 73e brigade du 10e corps pour engager ses troupes dans son offensive ! 
Mais ce dernier doit fournir un bataillon en renfort à la 74e brigade qui lutte avec acharnement à Wagnée.
De plus, face à la Meuse, la 3e armée est passée à l’attaque : traversant le fleuve, les Allemands chassent les quelques bataillons qu’ils ont devant eux et foncent vers Philippeville par la route d’Onhaye.
Il n’y aura donc pas de glorieuse contre-attaque, bien au contraire, ce sont les Français qui doivent se replier dès le début de l’après-midi et certaines unités sont en débandade. 

 

Contre-attaque de Mangin vers la Meuse:


Général Mangin
 

Une bonne nouvelle néanmoins : le redoutable Général Mangin parvient à repousser l’offensive allemande lors de la bataille d’Onhaye. Mangin rassemble des unités diverses, empruntant pour l’occasion, l’escadron de cavalerie du 13e hussards et du 6e chasseurs d’Afrique au 10e corps et réussit sa contre-offensive sur Onhaye en repoussant les Allemands. 
Si sa contre-offensive est une réussite en bluffant complétement les Allemands, signalons que pour certains régiments de réserve ce fut une fameuse méprise car à la tombée de la nuit, elles se mitraillent l’une l’autre :

J-M du 45e RI : 

« …Mais des compagnies du 233e  et du 243e venant du  sud ont suivi le mouvement, et là, en pleine nuit, mélangées, se mettent à tirer les unes sur les autres. Il est impossible de faire cesser cette tuerie parce que l’enlèvement de la position a été fait de nuit et que les fractions au 233e et 243e sont affolées ».
Une fois de plus, on constate une grande différence entre la valeur militaire des régiments. On peut aussi se poser des questions sur la qualité de l’encadrement de ces régiments de réserve. Il est vrai que dans l’esprit de l’Etat-major, ces régiments de réserve n’étaient pas appelés à combattre, mais plutôt à rester en 2eme ligne en soutien des unités d’active. 

 

Extrait du 2e régiment de marche de tirailleurs (73e brigade). Souvenir de guerre
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6447026p/f18.image.r=.langFR

 Le régiment se trouve à St Gérard :

« Le Régiment doit se porter au sud de Graux en position d'attente. Il est trois heures.
Les tranchées sont abandonnées, on se remet en marche et l'on traverse le village désert. Bientôt le 5e Bataillon est détaché en soutien de la 74e Brigade qui fait front au nord d'Oret ; les deux autres unités, momentanément laissées en réserve, se groupent dans la plaine, hors de la route que trahissent aux artilleurs les arbres qui la bordent, et sur laquelle viennent éclater quelques salves de 77. Les hautes silhouettes des turcos qui s'éloignent profilent là-bas sur une crête ; ils marchent crânement, en colonnes de Compagnies. De gros obus fusants éclatent au-dessus d'eux sans grands dommages, malgré nos craintes : un instant ils se couchent, puis se relèvent et disparaissent là-bas, vers l'ouest. A Oret où ils arrivent avec la nuit, le bombardement est intense ; profitant d'une accalmie, ils traversent rapidement le village où s'allument déjà quelques incendies. Des troupes du corps qui ont dû se replier encombrent les issues ; les Tirailleurs s'installent hors des maisons, dans la campagne, au nord-est. La nuit est tout à fait tombée. . . C'est la trêve. Les bataillons en réserve se sont rapprochés, l'État-major du régiment s'installe dans un champ de blé non loin de Mettet au carrefour la route de Florennes : la Compagnie hors rang veille à la garde du Drapeau . . .
Hélas ! ! le front de l'ennemi se jalonne sinistrement. Fosses, qu'hier matin nous traversions, Saint-Gérard où on se trouvait la nuit, Graux quitté depuis quelques heures sont en flammes. Tout l'horizon flamboie. Le Ciel est rouge comme du sang. Étendus sur le sol, nous pensons avec amertume en cette nuit funèbre, aux pauvres gens qui nous tendaient les bras, nous acclamaient comme des libérateurs et dont les fermes brûlent maintenant, avec leur richesse qui n'est plus que cendres sous la torche implacable des Barbares d'outre-Rhin. »

Lors de cette journée du 23, des groupes d’artillerie voyagent toute la journée dans toutes les directions, mais ne tirent pas !

J-M du 3e groupe 7e régiment d'artillerie de campagne :

 « 23 août. Départ de St Gérard à 3H00. 3H45 passage à Graux : le groupe se rassemble dans un champ au sud de Graux. Ordre arrive : le 3e groupe devra retourner sur St Gérard. Départ pour St Gérard. En route, le groupe reçoit l’ordre de repartir sur Ermeton. Arrivée à Ermeton à 10H00. Mais Ermeton est réservé pour le 1er corps. Départ dans la direction de Biesmerée. Formation du parc au sud-est de Biesmerée sur les confins de la commune de Stave. Quelques éclatements surviennent en avant de Biesmerée. Ordre est donné de se retirer vers Stave puis de former le parc dans un vallon au sud-ouest d’Ermeton. A 18H00 ordre de bivouac. A 20H00 ordre d’occuper position reconnue par le Lt colonel au sud-est de Furnaux : on attelle. A 20H30 contrordre : rester au cantonnement. » 

J-M du 27e régiment d'artillerie de campagne 

4e batterie : manœuvre… Direction sud de Dénée, sud de Maredsous, mais ne tire pas un seul coup. De nombreux fantassins se retirent en débandade et paraissent affolés
5e batterie : 8H00 sud de Lesves, la batterie reste en arrière garde. On se replie à 13H00 sans avoir tiré.
6e batterie : En reconnaissance en direction de Fosses, entre temps l’ordre de retraite oblige le groupe à se retirer sur Bioul. Mise en batterie près de Denée. Pas tiré.
7e batterie : se trouve à Graux, Saint Gérard, mise en batterie, mais sans tirer.

On le remarque certaines unités vont se perdre dans des marches et contremarches, entre autres des régiments d’artillerie du 7e et 27e RAC, parfois sans tirer un seul obus ! 
Contrairement à ce qu’écrit l’historique du 84e RI : la lutte n’est pas inégale. Les 2 divisions Allemandes qui composent le corps de la Garde se trouvent face à la 1ere et la 2e division française, la 73e brigade de la 37e division d’Afrique ainsi que la 19e division qui s’est repliée en arrière.

Là où l'artillerie joue un rôle capital dans le sort des armes, c'est lorsque les Allemands parviennent à mettre en batterie toutes leurs pièces, ou presque alors que les Français laissent muette une partie non négligeable des leurs, comme ce fut le cas le 22 août. C'est un  pur rapport de force et non une question de pièce lourdes ou de campagne.
J-C Delhez, le jour de deuil de l'armée française, T2, P480. 

 

 

La Bataille de St Gérard suivant les récits des soldats allemands 


 

Tableau des unités du corps de la Garde présentes lors de la bataille de Saint-Gérard (cliquez)

 

La bataille de la Sambre ou de Charleroi dénommée ainsi par les Français, se désigne sous le terme de « bataille de Namur » du côté les Allemands puisque c’est d’abord cette ville qu’ils rencontrèrent lors de ces combats
Dans le cadre des manœuvres concernant cette bataille, l’état-major allemand confie au corps d’armée de la garde, le rôle de pivot ou de charnière. Devant tourner autour de Namur et de ses forts, il devra porter le poids de durs combats. 
Franchissant les ponts de la Sambre et enfonçant le 10e corps français à Auvelais-Arsimont, les 2 divisions de la Garde, forment l’aile gauche de la 2e armée.  

Le corps de la Garde est une unité d’élite. C’est le corps chéri de la dynastie prussienne. Inspirée de la garde napoléonienne, ce qui prédestine les hommes pour  entrer dans la garde est leur grande taille et leurs aptitudes présumées pour le métier militaire. 
Autre critère : jusqu’avant la guerre, il est de tradition que tous les officiers de ce corps d’élite, proviennent de la noblesse. Seuls quelques officiers font exception et sont désignés sous le sobriquet de « koncession-schulze » signifiant « les roturiers tolérés ». 
A la veille de la guerre, le corps d’armée de la Garde est composé 2 divisions :
La première division de la garde à pied (1e, 3e, 2e et 4e Garde-Regiment zu Fuss).
La deuxième division de grenadiers (Garde-Grenadier-Regiment n°1 « Alexandre », n°3 « Elisabeth », n°2 « Franz » et n°4 « Augusta »).
A ces unités s’ajoutent 1 régiment de fusilliers, 1 bataillon de chasseurs, 1 bataillon de tirailleurs, des unités d’artillerie (1 et 3e  et 2e et 4e Garde-Feldartillerie-Regiment) et des unités de cavalerie (1e régiment de hussard de la garde et le 2e régiment de uhlan)

Le prince Eitel et le Kaiser en septembre 1914 lors d'une revue des troupes de la Garde-Regiment Zu-fuss Fanion du 1er bataillon "Semper Talis" du régiment Zu-Fuss

André Graff, soldat alsacien incorporé au 1er régiment des grenadiers de la Garde Alexander. Il participe à la bataille de la Sambre et sera à St-Gérard en août 1914

Sur la première photo, il est photographié avec la célèbre mitre.

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Traduction d’un récit du 1er bataillon « Semper Talis » du 1er régiment de la garde à pied lors de la bataille de Saint Gérard :

Lorsque les soldats du 1er régiment passent la Sambre à Jemeppe, nous découvrons partout des traces de la bataille précédente. C’est là dans la matinée que la 2e brigade de la Garde avait combattu. 

La 2e division d'infanterie (Les grenadiers) prolonge la gauche de notre ligne de front d’Ham-sur-Sambre à Fosses-la-Ville. 

La 1e brigade de la Garde a l’ordre de se déployer par la gauche et ainsi attaquer l'aile droite de l'ennemi. 
A ce moment, nous n’avions aucune information concernant la situation à Namur et dans ses forteresses qui se trouvent derrière nous et continuent à combattre. 
Ce jour-là, il y a des orages et la chaleur est étouffante, nous avons grimpé sur les hauteurs  à Ham-sur-Sambre. 
La canonnade est proche, le bruit s’accentue, et chacun a hâte d'arriver enfin d’affronter l’ennemi.

Après Ham-sur-Sambre, il faut traverser la forêt, vers l’est. Celle-ci est épaisse et les chemins sont difficilement praticables. Là nous voyons à terre des pièces d’uniformes de soldats belges; plus tard nous apprendrons que chaque Belge avait emporté dans son sac des vêtements civils, afin de pouvoir fuir et de pouvoir s’échapper parmi les civils.
Après avoir traversé la forêt, le régiment se dirigé vers le château de Taravisée.
Les drapeaux sont déployés et les hommes se chargent de munitions ; tout un chariot est ainsi vidé avant la bataille. 
Nous allons en avant vers l'ennemi. Le régiment a l'ordre d'attaquer à Saint-Gérard. 
Le premier et le deuxième bataillon forment la première ligne et se déployent sur la route Fosses-Sart-St-Laurent, leur droite en connexion avec la 2e brigade.
Le bataillon de fusiliers doit suivre le mouvement derrière l'aile gauche.
La cavalerie du 1e régiment de la Garde de hussards est disposée afin de protéger nos arrières d’une éventuelle attaque venant de Namur. 

Ferme et Château de Taravisée entre Fosses-la-ville et Franière Le Prince Eitel Friedrich commandant du 1er régiment de la Garde

Un des soldats du bataillon le fusilier Karl Willnitz raconte :

« Une grande bataille avait eu lieu, nous marchons sur ce champ de bataille et l’on voit les impacts de nos obus de gros calibre qui s’étaient abattus et le carnage qu’ils avaient fait.
Nous sommes inquiets car nous entendons des bruits de batailles dans notre dos vers Namur et des rumeurs circulent qu’à Jemeppe, l’ennemi  essaye de construire un pont afin d’acheminer des unités pour nous prendre à revers. Nous apprendrons plus tard que toutes ces informations étaient fantaisistes. 
La pluie cessa ! Un soleil brûlant ! C’est avec joie que nous nous réfugions dans la fraîcheur d’une forêt mais comme nous devons avancer en ordre de bataille, la forêt ne nous permet pas voir notre alignement avec celui de nos camarades. Certains hommes sont très excités et avancent beaucoup trop vite ; nous hurlons  « gardez vos positions »,  mais voulant déjà décrocher une croix de fer, ces soldats s’élancent comme des fous afin de faire le premier coup de feu avec l’ennemi. Malgré nos appels rien n’y fait.
Un spectacle inoubliable s’offre à nous après le passage à travers la forêt : Les quatre drapeaux blancs argentés, l’aigle noir au centre qui sont déployés et flottent au vent majestueusement.
Nous avançons fièrement sous notre étendard claquant dans le vent.
Nous progressons, mais nous n’avions pas encore rencontré de soldats d’infanterie et pourtant, nous arrivons en bas du vallon au travers lequel nous nous dépêchons. 
Beaucoup d’uniformes sont abandonnés. Si l'on regarde de plus près, on voit qu'il s’agit d’uniforme de soldat belge. Avec eux rien n'est clair, surtout s’il est vrai qu'ils s’habillent toujours avec leurs vêtements civils qu’ils transportent avec eux pour s’échapper ».

L'historique du bataillon continue à décrire les événements : 

A 04h30 de l'après-midi, les bataillons avancent en ordre de bataille sur une mince ligne de front.

05h20, ils ouvrent le feu sur les tireurs adverses. C’est ici, au nord du village, que le premier officier du régiment ; l'adjudant von Sick fut blessé alors qu’il commandait le feu de la 5e compagnie 

Photo Capitaine Kuno von Sick, adjudant du regiment au début de la guerre

L'ennemi n'a pas résisté longtemps et s’est replié dans les bois au nord de Saint-Gérard et de la ferme de Montigny
Le 1er bataillon a été éprouvé dans cet assaut en évoluant difficilement sous les tirs de l’artillerie ennemie. 

Le sergent Wierczoch, tambour du 1er bataillon raconte :

« Lorsque le bataillon Semper Talis eut atteint une haie battue vigoureusement par l’artillerie ennemie,  les soldats se couchèrent et s’y abritèrent. Le major et comte d’Eulenburg, tira son épée, et marcha tranquillement le long de la haie ce qui eut pour effet calmer la peur des soldats et de les faire repartir en avant ».

Recit de Karl Willnitz du bataillon des fusiliers : "Suite ... 

« Il y a de nombreux morts sur le champ de bataille : nous voyons des Allemands, des Français et des Belges, impassiblement unis dans un dernier sommeil.
Nous ne sommes pas d’accord avec les ordres de bataille car le bruit semble venir de derrière nous et nous pensons être encerclés par l’ennemi. Ce qui nous inquiète beaucoup.
Néanmoins, nous devons obéir aux ordres et aller de l'avant. 
Le soleil réapparaît soudain et nos uniformes humides sèchent sur nos corps ; nous dégageons chacun des nuages de vapeur.
Une forêt s'étend jusqu'à une colline. Inopinément, le brouillard se forme au sol, occultant tout ce qui pourrait nous mettre en danger. Nous espérions qu'aucun ennemi ne soit tassé quelque part, car au sol, nous n’aurions pas vu les pas d’un éléphant.
La canonnade est toujours intense devant nous, comme derrière. Nous sommes donc persuadés (à tort) que nous avons raison de nous inquiéter et que nous sommes encerclés. 
Il est 17H00, Nous avançons maintenant en formation et nous nous retrouvons devant la ligne de front, les balles nous sifflent à la tête SSSSS !, les camarades reçoivent le baptême du feu. Celui qui s’imagine la guerre dans le confort de sa chaumière ne peut pas s’imaginer ce qu’est réellement une bataille.
Nous fonçons sur les positions, mais l’ennemi s’est dérobé. La cavalerie rapporte qu’il s’est replié dans les bois de Saint-Gérard. Si seulement son artillerie pouvait aussi se retirer ! Mais non : nous continuons à être bombardés. Comme tout à l’heure, les shrapnels éclatent dans le ciel ; des petits nuages inoffensifs explosent dans le ciel, mais ensuite les balles tombent en si grand nombre que des groupes entiers de mes camarades sont blessés, parfois par un simple coup. 
Malgré cela, nos drapeaux avancent imperturbables dans l'attaque. 
Nous avançons mètre par mètre, chacun animé du désir de conquérir le terrain ».

Artilleurs français avec un obus shrapnels Coupe d'un obus shrapnels

Historique suite :

Dans les combats qui ont lieu par après, la 2e compagnie subit de lourdes pertes. Le sergent Böhmer reçoit 4 éclats d’obus à travers le corps. Son seul souci avant de mourir est de donner l’argent de la compagnie à son capitaine.
Le sous-officier, chef de section, Uhlendorf, est grièvement blessé et le porte-étendard, le sergent Gehrke est tué. 
Au soleil couchant, le 1er bataillon est arrivé devant le village de Saint-Gérard, encore tenu par l'ennemi. 
Le deuxième bataillon est à la même hauteur, mais à gauche de la ligne de front. Apparemment, l’ennemi a subi de lourdes pertes. 
Les grenadiers abordent l’ennemi aux abords du village, baïonnette au canon. 
Avec un « hourra » les grenadiers firent irruption dans St Gérard, dans lequel flotte la bannière argentée, brillant de reflets fantomatiques. 
Après la bataille, suite à la mort du sergent Gehrke (2e compagnie) on désigne un nouveau porte drapeau du premier bataillon : Ce volontaire est nommé au grade de sergent, c’est probablement un cas unique dans l'armée prussienne : jamais encore un soldat avec un an d’ancienneté n’est élevé aussi promptement au grade de sergent.

Le "Semper talis" Bataillon à Saint-Gérard le 23 Août 1914 

Peint par Erich R. Döbrich-Steglitz.

Soldat du zu Fuss regiment

​(régiment de la garde à pied)

Grenadier de la Garde

Karl Willnitz décrit l'attaque sur le village :

« Maintenant, l'ennemi semble affaibli car son tir est plus rare et devient peu précis 
Nous attaquons ; le 1er Bataillon hurle « Hourra! » : le vieux cri de guerre prussien. Tous les hommes sont debout autours des drapeaux » 
Après avoir nettoyé le village, nous chantons parmi les ruines fumantes « Choral von Leuthen »
C’était la première victoire ! 

Cliquez pour entendre "Choral von Leuthen"

Le soir pendant la nuit calme, la compagnie se repose quelques instants. Après la victoire, je suis saisi pas l’émotion en entendant les hommes chanter le « Choral von Leuthen » à la lueur des flammes avec nos antiques drapeaux qui près de nous claquent au vent. La fumée montant vers le ciel et nos visages noircis par la bataille me laissent une vision inoubliable de cette soirée de la première victoire. 

Pour la première fois, nous comptions des morts et les blessés : notre régiment déplore 30 tués et 70 blessés. [Le Corps de la Garde comptait près de 12 régiments]
Ce premier combat est une victoire. Un premier combat d’une longue séri

Historique suite :

Après quelques moments de repos, nous continuons notre progression vers l’ennemi.
Le régiment arrive au sud de Denée mais l’ennemi s’est enfui et nous ne combattons pas.
Le deuxième bataillon et le bataillon de fusiliers creusent des tranchées dans le sud du village et le 1e bataillon et la MG-Kompagnie bivouaque dans le village.
Pendant la nuit notre sommeil est perturbé par des vives fusillades. 
L’historique du régiment rapporte que le Lieutenant von Lyncker gagna la croix de fer de 2e classe en allant à la tête d’une patrouille audacieuse en reconnaissance sur une longue distance jusqu’aux avant-postes français.

Relevé des régiments suivant un billet allemand retrouvé sur les positions de la 2e division (von Winkler):

1 : l’ennemi est signalé dans la région de St Gérard
2 : la division attaque  et se développe dans la ligne sortie sud du bois Herbié à la chaussée Haie Mayet – Gonoy
     3e brigade de la garde à droite 
     4e brigade de la garde à gauche
3 : Le II Garde-Feldartillerie Regt. soutien la 3e brigade de ses positions au sud de Bambois, à l’ouest de la route Fosse / St-Gérard
     Le IV Garde-Feldartillerie Regt. soutien la 4e brigade des positions au sud de Gonoy à l’est de la route Fosse/ St. Gérard
4 : Le IV régiment d’artillerie de campagne de la garde doit se mettre en liaison avec la 4e brigade d’infanterie pour protéger son flanc gauche
5 :? illisible ?
6 : L’artillerie lourde prend position au sud de Haut-Vent
7 : les régiments atteignent les positions que les brigades d’après les circonstances leur attribuent

Billet avec les positions de la 2e division de la Garde Arnold von Winckler, commandant la 2e division de la Garde

Officiers tués le 23 août lors de la bataille de St Gérard et enterrés au Cimetière de Maison / Libenne :

Source : Marcel Houyoux

Tombe du S-L von Lewinski officier au Franz Garde, 2e régiment des grenadiers

Cimetière de Maison-Saint-Gérard

ROSENOW Klaus Jürgen 
Sous-Lieutenant  
G.PION.BTLN. 

von der GOLTZ Hans 
°11.6.1895 
Aspirant Lieutenant  
G.GR.R N°3 

von REIBNITZ Rudolf 
Sous-Lieutenant de réserve 
G.GR.R. FUSS N°2 / 6 Cie.  
° 26.5.1882 

von ZELEWSKI-HACKEBECK Maximilian 
Sous-Lieutenant 
G.R. FUSS N°2 / 6 Cie.  
° 3.2.1892

von LEWINSKI Fritz 
° 13.4.1889 Lignica/Liegnitz (Pologne) 
Sous-Lieutenant 
G.GR.R. N°2 / 6 Cie. 
+ Ermeton-sur-Biert 23.8.14

Quant à ce dernier officier, à la demande de son ami le Prince Eitel, il sera inhumé le lendemain soir, dans le parc du château d’Ermeton

 

 

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