Page 3: Le 24 août, la retraite

Repli des 19e et  20e divisions :


Dès 2h00 du matin, les 19e et 20e divisions reçoivent l’ordre de se replier sur Florennes / Philippeville.
Il reste néanmoins des unités qui ont passé la nuit sur la ligne de front, surtout le 2e et le 47e régiment. Ces troupes évacueront juste avant la 74e brigade vers 7H00. 
Cette retraite s’accomplit en grande partie de nuit et dans un grand silence : les ordres eux-mêmes étaient donnés à voix basse.
« C’est impressionnant au plus haut point » dira un témoin.

Soldats du 71e régiment de St Brieuc, 37e brigade de la 19e Division.

 

La 19e division se trouve entre Biesmerée et Stave :

Curé de Biesmerée :

 « Les Français se sont retirés sans combat, le dimanche soir dans le bois allant du « gros Tilleul » au chemin de fer « Tamines-Dinant ».

 
Ce sont des milliers d’hommes, de chevaux et de charrois qui s’écoulent toute la nuit jusqu’au matin. La 19e division achève de traverser Florennes entre 9 et 10h00 et poursuit sa route par Philippeville. La 20e division suit la queue de la 19e et s’écoule par Hemptinne pour gagner Soumoy, Daussois, Falemprise…. 
 

Florennes 23 Août 1914. Régiment français venant de la route de Mettet

Vu l'ordre impécable de la colonne, il est peu probable que cette photo fut prise lors de la retraite de 24 août

 

Sur la ligne de front à Wagnée :


C’est seulement à 4H45 que le colonel Taupin commandant la 74e brigade est informé et reçoit les ordres suivants : 
L’armée retraite vers le sud. Le mouvement du 10e corps va s’effectuer en 2 colonnes protégées par la 37e division. Tandis que la 73e brigade doit former l’arrière-garde de la colonne Est (19e division), la 74e brigade est chargée de former celle de la colonne Ouest (20e division). 
Itinéraire de la 74e brigade : Oret/Corroy/Florennes/St Aubin/ Emptinne, Philippeville  
 
Les soldats du Colonel Taupin doivent tenir le front jusque 7H30 !
 

Position de l’artillerie le 24 au matin : 

Le premier groupe d’AD37  est mis à disposition du colonel Taupin. Celui-ci place 2 canons en avant du bois de Corroy pour former une dernière position de défense chargée de protéger toute la retraite des troupes, les soldats attachés à ce poste ne devant décrocher par le bois qu’au tout dernier moment.
 
Les 10 autres canons se positionnent au sud-est du bois de Corroy, en contre-pente d’une cuvette, les commandants se trouvant sensiblement sur la route Mettet/Florennes.
Les 2e et 3e groupes vont rejoindre leur position de la veille, près de St Donat. Peu après s’être mis en position, ils reçoivent l’ordre de rejoindre la zone où se trouvent les 2 batteries du premier groupe, soit entre le quatre bras d’Oret et le quatre bras de Stave. Les batteries sont masquées des allemands installés à Wagnée et l’est d’Oret. Néanmoins, la position est totalement découverte si l’ennemi débouche par le carrefour de Somtet, aujourd’hui carrefour du circuit. 
Ces canons entrent en action et tirent sur les crêtes à l’ouest de Mettet où des soldats allemands ne tardent pas à apparaître.
 
La canonnade ennemie reprend dès 4H00 du matin. L’artillerie française répond en pilonnant le sud et le centre de Biesme faisant subir de sérieuses pertes aux Allemands. 
Suite au recul de la 20e division à gauche et de la 19e division à droite, l’infanterie allemande déborde maintenant de chaque flanc. 
Cependant, de nombreux fantassins français restent toujours en avant sur le territoire d’Oret. Le 3e groupe d’artillerie décroche. 
 

Le repli des avant-postes jusqu’à l’extrême sud du village :


Dès la fin du pilonnage de son artillerie, l’infanterie allemande passe à l’assaut. Les avants- postes français résistent, mais l’attaque allemande est puissante. La lutte se déroule au corps à corps dans les bois au Nord d’Oret* (bois d’Halloy) et aux abords défendus par le 3e zouaves et le 3e tirailleurs algériens (J-M 74e brigade) 
 
*: Il n’existe plus actuellement qu’une partie de ce bois, l’autre fut défrichée dans les années 1950.
 
5h30 : les défenseurs de Mettet sont attaqués violemment par l’infanterie appuyée par l’artillerie : Les soldats allemands tentent de déborder le flanc droit des Français par l’est.
 
5H40 : Oret est violemment attaqué. 
Sous un bombardement nourri, les tirailleurs et les zouaves quittent les tranchées qu’ils ont creusées pendant la nuit et se reportent en arrière, se dissimulant tant bien que mal dans les replis du terrain. Ces troupes doivent ralentir la progression de l’ennemi en livrant un combat d’arrière-garde afin de permettre à l’armée de se replier. 
 
Dès 5H00 au matin, la dernière ligne de défense est organisée en avant de Corroy appuyée par 2 canons du 1er groupe de l’AD37 et les 2e et 3e bataillons du 2e RAT venu de Somtet
 
A l’est, vers Mettet, les Allemands débouchant des bois (bois de la Follée)  sont arrêtés par les tirs efficaces d’une mitrailleuse.
 
Les unités restées à Oret doivent tenir jusque 7H30. Néanmoins, la manœuvre vers le sud de la 20e division s’étant effectuée plus vite que prévu, le général autorise le décrochage dès 7H00.
 



Repli pénible et meurtrier vers Florennes :


Retraite de la 74e brigade :
À 7H00, les soldats évacuent Oret par Corroy et par la route de Florennes. Ces troupes en repli ne sont plus que sous la protection de la dernière ligne de défense à Corroy et de quelques rares avant-postes.
Le bombardement entre Corroy et la ferme de Bois le Couvert est déjà intense à ce moment. La veille, l’aviation ennemie avait bien localisé la concentration de troupes sur cette zone. Les derniers soldats de la 20e division restés sur le front évacuent, mais ils sont obligés de se mettre à couvert dans le bois du Prince et bifurquent vers la route Mettet-Stave. 
 
Enfin, les troupes de la 74e brigade retraitent par échelons de tirailleurs, par vagues, de part et d’autre de la route Oret/Florennes. Les zouaves se déploient à gauche entre la route et le bois l’Evêque. A droite de la route se déploient les tirailleurs algériens. Là aussi, les Allemands tirent sans relâche et prennent de flanc la 74e brigade. Les chevaux qui tirent les canons sont éventrés par les obus et l’infanterie subit de lourdes pertes.
 
Pendant ce temps, les derniers défenseurs protègent la retraite :
Vers 8h00, la dernière ligne de front à Corroy est arrosée d’obus et les défenseurs doivent se retirer dans les bois au sud.
Les avant-postes ont reçu l’ordre de tenir jusque 8H40 afin de protéger la retraite. 
 

Les derniers officiers défendant Oret tombent héroïquement :


Le chef du 3e bataillon Edouard Peyron Le Capitaine  Lalande Le lieutenant Jérôme
Les Allemands ayant gagné de vitesse et débordé Oret, les compagnies du 3e tirailleurs engagées au nord-est, subissent des pertes pour parvenir à se dégager.
Le 3e tirailleurs algériens comprenant un bataillon du 7e tirailleurs se bat avec courage pour se retirer d’Oret. Ceux-ci sont hachés par les shrapnels qui pleuvent en tous sens. De nombreux officiers sont tués comme le chef du 3e bataillon Peyron. le capitaine Ferry, les lieutenants Jérôme, Kaudin et Bouzidi.
Les derniers soldats tombent en héros : Le lieutenant indigène Belfetmi blessé de quatre balles refuse d’abandonner son commandement et meurt frappé d’une cinquième, Les derniers tirailleurs se regroupent autour du capitaine Lalande et du sous-lieutenant Roux de la 15e compagnie. Roux s’écroule, frappé mortellement par un éclat d’obus. Le capitaine Lalande est blessé mais refuse de se rendre et meurt face à l’ennemi.
Ces derniers soldats valeureux et d’autres embusqués dans le village pour mener un combat à mort dans les rues et maisons font le sacrifice de leur vie pour sauver leurs frères d’armes. Ainsi selon les anciens un tirailleurs algérien était embusqué dans l'école des garçons et du soupirail, abattait les Allemands se dirigeant sur le pont. Il n'y eu certainement pas de quartier pour ces soldats.
 
 
A 8H50, toutes les troupes ayant évacué, les derniers défenseurs quittent le village non sans combattre, sous le feu allemand. Accompagnés par ceux qui tenaient la dernière ligne du front à Corroy, ils s’échappent par les petits chemins dans bois l’Evêque, puis le bois du Prince et rejoignent la grande route de Florennes à Pavillon, créant une mauvaise surprise à la 73e division vu l’encombrement.
 

 

Historique du 92e régiment d'infanterie concernant la prise du village d'Oret:

La 40e brigade d’infanterie  se lançe alors en une colonne avec le Leib Bataillon  à l’avant-garde à la poursuite de l’ennemi en direction du sud-est vers Mettet par la route Presles/Vitrival. 

Les nombreux havresacs, vêtements et pièces d’équipement abandonnés attestent du repli précipité des Français, parmi ceux-ci se trouvent encore pas mal de choses utilisables, notamment des conserves. Étant donné le manque de nourriture chaude, elles viennent constituer un complément bienvenu à nos provisions, ajouté à cela, une grande quantité d’œufs, lard, sucre et vin trouvés dans une ferme abandonnée. 
Ce don inattendu avait réveillé le moral des soldats, et c’est dans les meilleures dispositions possibles que la troupe se lance vers à la poursuite de l’ennemi. 
Via Le Roux où quelques zouaves furent encore tirés de leurs repaires et faits prisonniers, la marche se poursuit à la lisière est du Bois du Prince et c’est à 10h20 du matin que le régiment atteint la lisière sud de Devant les Bois.

Cliquez pour lire la suite: http://www.mettet14-18.be/articles/historique-du-92e-regiment-dinfanteri...

 

 

 

Récit de Werner Heinrich Oskar Dittmann, soldat allemand du 77e régiment d'infanterie :

http://www.luftfahrtarchiv-koeln.de/fliegerstation_dittmann.htm

24 août, très tôt le matin, après la préparation d’artillerie, nous partons de l’avant. Sur notre gauche se trouve de nouveau le régiment de la Garde.
Nous arrivons sans réaction de l’ennemi à l’orée du bois et passons les tranchées françaises. Celles-ci sont remplies de morts: visiblement le tir de nos obusiers a été merveilleusement précis.
Juste avant d’arriver dans le village d’Oret, nous essuyons des tirs, nous allons de l’avant comme à l’exercice. Ce sont des Turcos face à nous. Personne ne pouvait les arrêter.
Néanmoins, suite à une attaque frénétique, le village d’Oret est pris.
Beaucoup de turcos sont tués, les autres s’enfuient. Nous pillons le bled, les habitants ont pour la plupart évacués.
Derrière le village, nous rassemblons tous les combattants.  Des coups de feu sont tirés dans notre direction, venant des buissons.
Lors de notre avance, nous voyons les corps de quelques turcos abattus d’une balle dans le dos ou le corps éventré à coups de baïonnette
Soudain, nous entendons un coup de feu. Nous recherchons d’où il vient et trouvons un officier français qui a venait de se suicider avec son révolver. Il ne voulait pas tomber vivant entre les mains de ses ennemis ! 
Nous avions par ailleurs fait un grand nombre de prisonniers.
 Dans la soirée, nous prenons nos quartiers à Fraire.  

 

Le lendemain, l'aviation françaises essaiera de retarder la poursuite des allemands par le lancé de flèchettes métalliques. En effet, le témoignage du soldat précise:

25 août 1914
Nous reprenons la marche vers Walcourt. En chemin nous rencontrons un ordonnance blessé par des fléchettes françaises. Le Lieutenant de réserve Bartels prend le commandement de notre compagnie.

Image exceptionnelle prise le 24 août 1914 à Oret: rassemblement de soldat de la 3e compagnie du 92e régiment "après la tempête"

A l'avant gauche, le lieutenant von Unger avec au centre des prisonniers algériens "gefangenen schwarzen franzosen" : des prisonniers noirs.

Branche d'arbre percée par une fléchette d'aviation le 5 aout 1914, provenant du jardin de la famille Woltz à Lunéville.

(C) Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Emilie Cambier

http://lagrandeguerre.cultureforum.net/t68723-flechette-d-avion

 

La mort du Colonel Taupin :


Le Colonel Taupin qui a rempli avec succès sa mission à Wagnée en bloquant l’avancée ennemie jusqu’à l’heure imposée accompagne ses hommes sur la route du repli. Autour d’eux, les obus explosent. Monté sur son cheval, il montre un exemple de sang-froid remarquable. Vers 8h00, le colonel Taupin est frappé par un éclat d’obus. Grièvement blessé,  il est emporté par ses soldats, mais  il décédera quelques heures plus tard à Pesche.
Le Colonel Taupin sera remplacé par le Colonel Simon. Ce dernier quittera le front, quelques jours plus tard pour cause de maladie.
Cliquez sur l'image pour découvrir le diaporama Le lieutenant-colonel Sibra du 2e tirailleurs, mortellement blessé le 24 août.

 

Retraite de la 73e brigade (colonne Est)

Dans l’après-midi, toutes la ligne de front de St Gérard s’étaient effondrée et le 1er  Corps avaient dû battre en retraite, fin d’après-midi, derrière la route de Fraire. La 73e brigade se trouvant face à l’ennemi, doit reculer au sud de Mettet. 
Les Allemands maintiennent la pression sur les postes de défense à l’est: des soldats du 5e, du 6e tirailleurs ainsi que du 2e zouaves sont victimes d’attaques de nuit. 
 
La 19e division qui avait reculé vers Stave, a donc évacué de nuit. La 73e  brigade chargée de la couvrir et qui se trouve au sud de Mettet, retraite à 7H30 par la route Mettet-Florennes. Des soldats d’arrière-garde retardent l’avance ennemie jusque 8H40. Si la route est utilisée pour les convois, les soldats se déploient dans les champs. 
L’artillerie allemande poursuit efficacement de ses feux la colonne et lui fait subir des pertes sensibles. Plus particulièrement au 6e tirailleurs qui est plus à découvert et qui doit avancer par échelons successifs. 
Arrivés à hauteur de la route Oret/Stave, les 2 groupes d’artillerie d’Afrique (2e et 3e)  qui sont en batterie à cet endroit et un bataillon du 2e zouaves essayent de constituer une ligne de repli. Le 1er groupe évacue sous la mitraille abandonnant 5 canons et autre matériel. 
le 2e groupe de l’AD37 est exemplaire : ses batteries tirent sans discontinuer. Ils attendent que tous les soldats de la 73e division, reculant de Mettet vers Florennes se soient repliés derrière leurs batteries avant d’amener les avant-trains. 
Hélas, des batteries allemandes ont pris position au quatre bras, sud de Mettet (carrefour du circuit), et prennent les troupes de flanc sur toute la longueur de la route et des campagnes, provoquant de lourdes pertes : c’est le chaos, un feu d’artillerie de tout calibre s’abat sur la position des canons français. Les hommes et les chevaux sont tués, les avant- trains sont pris de panique et des canons doivent être abandonnés. Les artilleurs réussiront à les mettre hors d’usage avant de se retirer. Les pertes sont lourdes dans le groupe d’artillerie : le commandant Schwob est tué, 5 officiers, 150 hommes et 91 chevaux sont hors de combat.
J-M de la 37e division
 

Toutes les unités se replient sur Florennes. Il faut reculer par paliers tellement le feu des batteries allemandes est intense. 

Service de prévoté du Xe corps
Un service d'ordre très serré est assuré par la prévoté* afin de faire dégager toutes les routes autour de Florennes et permettre aux colonnes du CA en marche sur Philippeville de ne pas être arrêtées dans leurs mouvements​
* Gendarmerie militaire
 
Un officier écrira dans le journal de marche :

« Les noms dont la conduite fut particulièrement belle sont trop nombreux à citer, car tous seraient à citer : signaleurs continuant debout sous le feu à transmettre les ordres et instantanément remplacés sitôt tombés, les servants à leur poste comme à la manœuvre continuant leur tir avec la même correction, lançant leurs coups à la cadence réglementaire, les conducteurs arrivant au galop sous un feu intense réapprovisionnant les caissons vides, les officiers impeccables dans le commandement de leurs pièces : les Officiers faisant simplement leur devoir ! »

 
Néanmoins, sur la route la situation est chaotique, voici un témoignage extrait du 2e régiment de marche des tirailleurs « souvenir de guerre 14-18 » :
 
« L’aube du 24 août, il faut tenir résolument jusqu'à 8h40 pour protéger la retraite dont l’ordre, hélas, vient d’être donné. Les deux autres bataillons laissés en réserve depuis la veille, sont appelés en deuxième ligne devant le village de Corroy où ils doivent tenir jusqu'à 7h30.
 
Sur la route de Florennes défilent, dans un interminable désordre, des batteries, des soldats couverts de poussière, d'inutiles cavaliers. De nombreux blessés couverts de sueur et de sang sont hâtivement pansés dans les fossés de la route, chargés sur les voitures, sur les caissons qui se succèdent sans arrêt. D'autres, qui peuvent marcher vont grossir les rangs déjà désordonnés des troupes qui passent. Et tout ce flot lamentable reflue vers le Sud sous la protection des Tirailleurs qui font encore face à l'ennemi. Le 5e Bataillon a ouvert le feu sur des masses grises qui suintent des bois et bondissent dans sa direction : les mitrailleuses, elles aussi, tirent sans relâche : surpris, les Allemands s'arrêtent et se couchent. Mais leurs canons se rechargent sans cesse. 
 
Une pluie d'obus décime nos rangs ; durement éprouvés les bataillons de deuxième ligne dont la mission est accomplie se replient en ordre dispersé, et gagnent les bois en direction de Florennes. Au bataillon de tête les pertes sont plus lourdes encore : son chef, le Commandant Lelain, blessé à la poitrine, reste cependant ferme à son poste tout comme le Capitaine Sigonnet, atteint lui aussi, et qui persiste à diriger le tir de ses hommes. Le Capitaine Verbier est tué; un de ses officiers, le Lieutenant Rivet, grièvement blessé, a disparu et les rangs, hélas, sont bien éclaircis. Mais la vaillante troupe qui, sans faiblir, a tenu tête à l'ennemi, peut maintenant retraiter à son tour : par échelons de compagnies elle gagne les bois, s'acheminant vers Philippeville.

A Florennes on amène, soutenu sur un cheval privé de cavalier, le Lieutenant-Colonel Sibra, le Commandant du Régiment, grièvement blessé par les éclats d'un obus qui vient de décimer sa liaison et de mettre hors de combat son adjoint, le Capitaine Auzouy (…). Privé de son chef, le régiment s'éloigne marchant vers le Sud. Et tout à coup surgissent à sa droite quelques Hussards de la Mort bien décidés à semer la panique ; très rapidement nos fusils ont raison de leur témérité : plusieurs cavaliers frappés à mort vident leurs étriers, et leurs chevaux qui galopent, affolés sont recueillis par nos hommes tout heureux de ces prises, tandis que tournent bride et disparaissent les derniers assaillants. »

 
Continuons à suivre la retraite de la 73e brigade :
 
La 73e brigade évacue sur un chemin encombré. Vers la ferme des Pavillons, la panique gagne alors les hommes, car par la droite débouchent du bois du Prince des éléments du 2e et 47e RI, de la 74e brigade et du 2e RTA. Ces troupes s’incrustent sur leur route déjà plus qu’encombrée. Là c’est un goulot naturel formé par des terrains boisés et marécageux à droite et par le bois de Louchenée à gauche. Heureusement pour la 37e division,  la zone, hors d’atteinte, n’était  plus sous le feu ennemi. 
Il fut possible de canaliser les éléments sortant du bois en les faisant continuer sur la route et de diriger ceux de la 73e par la voie ferrée vers l’est de Florennes. Néanmoins, l’encombrement fut extrême aux alentours de la ferme des Pavillons jusque 11H00.
Le J-M du 2e RTA signale qu’au cours de cette retraite, le lieutenant-colonel Sibra (2e tirailleurs algériens) est grièvement blessé. Il décédera le lendemain à Mariembourg
 

Adolphe Dereppe devant la ferme des Pavillons​

Pièce de fouille dans la région :

Cartouche de Lebel retrouvée dans leur papier d'origine (collection particulière)

 

Les derniers soldats français évacuent Florennes, arrivée des premiers éclaireurs allemands :


Allard Juge de paix de Florennes :

« Florennes, les derniers soldats de l’armée française en retraite passèrent dans notre ville dans la matinée de ce 24 août. L’un d’eux resta en arrière attendant les Allemands. Trois uhlans* arrivèrent en éclaireurs sur la place verte. Il tira et les descendit tous les trois, deux furent tués, l’autre blessé au bras…Dans l’après-midi, les régiments allemands entrèrent en ville. Le général se présenta pour s’installer chez moi. Après avoir réquisitionné notre maison, il décida de se fixer dans la maison de notre voisin, abandonnée par son propriétaire…Un détail qui montre la crainte des Allemands d’être victimes de coups de feu de la part des civils belges : Je regardais derrière le rideau, les Allemands arrivaient sur la place verte où j’habite, ils longeaient les murs portant le fusil dans l’attitude des chasseurs poursuivant le gibier, dirigeant le canon de leur arme vers les fenêtres, d’où ils paraissaient s’attendre à recevoir des projectiles.

*: il s'agit de hussards et non de uhlans


A  gauche l'habitation du juge Allard, au centre avec des clochetons, la maison où le général Allemand préféra s'installer

Dr Paul Rolin:

Le 24 août vers 10H00 du matin, une patrouille de hussards de la mort (17e régiment de Brunswick) commandée par le sous-officier Hermann Cuina, passait à Florennes sur la place Verte. Arrivé à peu près vis-à-vis du café Génicot, elle fut attaquée par un artilleur français caché derrière la cabine électrique située à côté de la gendarmerie. Deux hommes furent tués avec leurs chevaux. Le sous-officier ne fut que blessé.

Le tireurs français s'approcha des Allemands, leur prit divers objets, de quoi faire un trophée, puis enfourcha l'un des chevaux et partit dans la direction de Philippeville pour rejoindre son groupe en retraite. Le colback d'un hussard de la mort du orné de la tête de mort devait être un splendide trophée pour un soldat français.

Florennes: cavalerie allemande montant la route de Phillipeville

3 hussards du 17e régiment de Brunswick comme ceux qui furent abattus à Florennes. 

Le colback des cavaliers de ce régiment est orné d'un tête de mort très caractéristique, d'où leur surnom de "hussard de la mort". Un siècle plus tôt le 17e hussard se battait à Waterloo contre les Français.

 
Dans l’après-midi, les Allemands sont maîtres des chemins de retraite vers Florennes.
Une colonne de soldats belges venant de Flavion est prise en tenaille sur la route de Flavion-Florennes peu avant la localité. Il n’y a plus d’espoir pour fuir ; les chemins sont à l’ennemi et les soldats belges se rendent. 
 
Le récit d’un soldat belge du 33e de ligne retraitant depuis Dave, nous éclaire sur ce qu’il se passe à Florennes dans l’après-midi :
 

« Les maisons étaient bombardées par l’ennemi, le major décida de se rendre et fit sonner le cesser le feu par un clairon belge. Le feu ne cessa que 20 minutes après. Ayant déposés nos armes avec des larmes plein les yeux, plusieurs brisèrent leur fusil. Nous nous rendîmes sur la route où les Allemands vinrent nous capturer après avoir installé préalablement une mitrailleuse sur la place de Florennes »

Le soldat Falque se trouve maintenant dans une colonne de prisonniers qui se dirige sur Mettet. A la sortie de Florennes, il est témoins d’un spectacle poignant :

« Nous fûmes dirigés sur Mettet, la nuit tombait et notre chemin était éclairé par des fermes qui brûlaient. A la sortie de Florennes, nous vîmes assez bien de cadavres de tirailleurs tombés par paquets de 5 ou 6. J’ai su plus tard qu’ils avaient chargés à la baïonnette sur les batteries allemandes mais ce geste héroïque n’avait pu s’accomplir en entier. Les sentinelles qui nous encadraient nous montraient en riant nos camarades morts.

Capitaine Verbier du 2e RI des tirailleurs algériens,

tué à Florennes le 24 août 1914 lors de la retraite.

Fiche de décès du capitaine Verbier (M.D.H) Tombe du capitaine Verbier inhumé à Dinant
 

Conclusion de cette journée du 24 :


Lors de cette journée du 24, doit-on parler de repli ou de déroute ?
On ne peut pas estimer que le repli de la 10e armée soit une déroute car ses unités tiendront leurs positions jusqu’au moins 8H30, un temps au-delà de ce qui avait été prévu. Néanmoins, lors de ce mouvement rétrograde,  les bombardements allemands causent aux troupes en repli des pertes énormes. 
Les Allemands considèrent ce repli comme les prémices d’une grande victoire :
« A partir du 24 au soir, le terrain étant libre devant l’armée Bülow par la suite de la retraite par ordre de la 5e armée française et de l’armée britannique, les soldats n’ont qu’à marcher droit devant eux en ramassant du butin, des prisonniers, des lauriers. Tout le Vaterland a entonné un hymne de gloire en leur honneur. La victoire, chèrement achetée est jugée complète ; l’absence de toute résistance, le pillage facile du pays, la fuite des populations, la déroute de l’ennemi, tout présage maintenant un achèvement facile, une prompte fin de la guerre. Le soldat marche à la conquête de la France avec une confiance et un enthousiasme indescriptibles. Rien ne tient contre la fureur allemande. Le Nach Paris scande le défilé formidable des colonnes victorieuses. »
 

Page 4 : Les blessés des combats (suite)

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